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06
Août
08

La fin de la dictature commerçante (1ère partie): La loi d’égalités des profits

Ce texte est une présentation générale (en trois parties) de ce qu’on pourrait qualifier de nouveau système économique pour l’humanité. Le 20ème siècle nous a montré par des exemples trop souvent violents et désastreux la fragilité de notre système économique actuel. Nous sommes entrés dans le 21ème siècle dans la peur d’une grave crise économique mondiale, et nous voilà en 2008 sur le bord d’un effondrement du système monétaire et financier mondial. Les soi-disant experts en économie ressemblent plus à des prêtres ou des sorciers modernes qu’à des véritables scientifiques. Ils savent que leur système est maintenu par la foi aveugle de ceux qui y participent. Leur méthode n’est en donc pas une de vérité, mais plutôt de mensonges et d’illusions : nous faire croire que tout va bien, jusqu’à la dernière seconde, pour maintenir les profits de quelques individus dépourvus de tout sentiment d’appartenance à l’espèce humaine. On veut presque nous faire croire que c’est naturel que des milliers, voire des millions de gens meurent à cause de certains cycles économiques mystérieux. Mais quelle est la véritable cause des crises économiques? L’incapacité soudaine des vaches de produire du lait? Une grève indéterminée de la part des poules? La mort de toutes les plantes et les arbres de la Terre?

Platon et la théorie économique : classe commerçante

J’ai récemment étudié pour des circonstances reliées à mon travail, les théories économiques élémentaires. J’avais déjà entendu parlé très vaguement de la théorie de l’offre et la demande, mais ne l’avais jamais entièrement comprise. C’est en lisant le manuel économique que j’avais que je me mis à comprendre de quoi il s’agissait vraiment.

On nous montre la courbe d’offre croissante et la courbe de demande décroissante. En gros, plus le produit peut se vendre cher, plus les producteurs en feront, et plus le produit peut se vendre à prix abordable, plus les consommateurs en achèteront. Mais dés le début cela m’a parut tellement simpliste, réductionniste et même limitant. Je ne pouvais croire que toute l’économie du monde réponde uniquement à cette affirmation si limitée, restreinte et subjective. Je me suis demandé : qui est derrière cette théorie? Pour moi le rôle d’une économie est d’assurer la justice sociale, et rien dans cette théorie de l’offre et la demande n’est relié à cet aspect. Je voulais comprendre, et c’est pendant une courte discussion sur le sujet que je me suis rappelé un passage de la République de Platon. Dans ce passage, Socrate cherche à dévoiler les fondements de l’existence d’une cité et de son activité :

« — Mais voyons : dans la cité elle-même, comment se feront-ils profiter les uns les autres de ce que chacun produit ? C’était bien pour cela que nous avions fondé une cité, en créant leur association.

— Il est bien évident, dit-il, que c’est en vendant et en achetant.

— Alors il nous naîtra de cela une agora et une monnaie reconnue, comme symbole de l’échange.

— Oui, exactement.

— Alors le cultivateur, ou encore l’un des artisans, qui a apporté sur la place publique une partie de ce qu’il produit, s’il n’y vient pas au même moment que ceux qui ont besoin d’échanger contre ce qu’il fournit, restera-t-il assis sur l’agora, laissant en sommeil son activité d’homme au service du public ?

— Nullement, dit-il : il y a des hommes qui, voyant cela, se fixent à eux-mêmes cette charge ; dans les cités correctement administrées ce sont en général les hommes aux corps les plus faibles, impropres à toute autre fonction. Car il faut qu’ils restent sur place, autour de l’agora, pour d’une part échanger contre de l’argent avec ceux qui ont besoin de vendre, d’autre part faire l’échange inverse, à nouveau contre de l’argent, avec tous ceux qui ont besoin d’acheter.

— Voilà donc, dis-je, le besoin qui fait naître des commerçants dans notre cité. N’appelons-nous pas « commerçants » ceux qui, se chargeant de la vente et de l’achat, s’installent sur la place publique, et ceux qui errent de ville en ville des « marchands » ?

— Si, exactement. »

La loi de l’offre et la demande : une vision commerçante de l’économie

Platon mentionne donc la classe des commerçants, ces individus souffrant d’une certain déficience physique qui servaient d’intermédiaire entre les marchands (ceux qui transportaient les produits de ville en ville) et les « consommateurs ». C’est en me rappelant ce passage que je compris que les théories économiques d’offre et de demande avaient été spécifiquement développées par cette classe commerçante, dans sa manifestation plus moderne.

Imaginez un instant que vous êtes un commerçant. Vous êtes physiquement infirme et faible, c’est le seul travail que vous pouvez effectuer. Vous mettez donc votre ruse à ce travail, cherchant à maximiser vos profits, et peut-être compenser votre complexe physique par une mégalomanie de pouvoir et de richesses. Cette théorie d’offre et demande est faite sur mesure pour vous ! Vous allez voir les producteurs ou les marchands et vous leur demandez : si je te demande tel montant de ce produit, à combien me vendras-tu l’unité ? Plus le producteur vois que vous en voulez, plus il montera son prix d’unité, voyant que son produit est désiré. Vous remplissez ainsi votre petit tableau après votre sondage :

Quantité de produits achetés au producteur

cause

Prix de vente unitaire ($)

conséquence

10

50

20

55

30

60

40

65

50

70

Vous allez ensuite voir les consommateurs pour terminer la deuxième partie de votre sondage. Vous leur demander : si le prix unitaire du produit est de tant, combien êtes-vous prêt à acheter ? Plus le prix unitaire est bas, plus les gens sont prêts à l’acheter. Vous arrivez donc avec un autre tableau :

Quantité de produits achetés au producteur – conséquence

Prix de vente unitaire ($)

cause

50

50

40

55

30

60

20

65

10

70

C’est là que vous voyez votre fameux prix d’équilibre :

Quelle magie ! Quelle profondeur scientifique, quelle subtilité intellectuelle ! Cette théorie ne parle pas un instant du bien commun, de la justice sociale, de la prospérité collective ou de quelconque valeur! C’est une théorie simpliste qu’on essaye de nous faire avaler comme si elle était aussi universelle que la gravité! Non, l’économie ne se résume pas à un hasard d’offre et de demande.

C’est en comprenant ça que je vis que ce système économique actuel a été créé et est actuellement contrôlée par la classe commerçante dont Platon parlait déjà il y a plus de 2300 ans. Il s’agit de tous ces spéculateurs mondiaux, ces joueurs de casino, ces financiers parasites de toutes sortes qui ont réussi à se hisser en haut de l’échelle économique mondial. C’est un système nullement basé sur la productivité ou la justice. Au contraire, il s’agit d’une véritable dictature de la classe commerçante. C’est par cette volonté de profit massif et grandissant que cette classe rapace et parasite est à l’origine des crises économiques et des guerres géopolitiques.

La dictature commerçante

Je ne dis pas que les commerçants et les agences de marketing sont inutiles dans une société, bien au contraire, je pense qu’ils sont nécessaires. Seulement je crois qu’ils exercent une véritable dictature en ce moment, au détriment de l’écrasante majorité de la population mondiale qui ne fait pas partie de leur clique de spéculateurs et de joueurs de casino, mais qui s’intéresse à produire des choses concrètes et utiles, et à vivre bien. L’argent, le pouvoir économique, et la prospérité doivent simplement être distribués de manière juste et équitable, de sorte à permettre à chacun de nous de s’épanouir comme bon il nous semblera.

Le diagramme qui suit est une schématisation des mécanismes de la dictature économique des commerçants.

On remarque les étapes suivantes de l’activité économique :

  • transformation des ressources naturelles en produits dérivés ;
  • transferts successifs des produits jusqu’aux consommateurs (un, deux ou plusieurs commerçants se transitent le produit jusqu’à ce qu’il arrive aux détaillants puis aux consommateurs).

À chaque étape de transfert des produits, les personnes impliquées s’assurent de générer un profit, revendant plus cher qu’ils n’ont payé. Les commerçants, après un calcul rapide de leurs coûts, cherchent à maximiser leur prix de vente par diverses techniques et stratagèmes. Plus les commerçants deviennent importants et riches dans ces étapes de l’activité économique, moins de produits sont créés, moins les produits sont de qualité, et des virtuels monopoles s’ensuivent, seule manière de maintenir un niveau de productivité et de consommation adéquat.

On peut voir que la classe commerçante essaie de s’interposer entre les producteurs et les consommateurs. En étant l’intermédiaire obligatoire entre ces deux entités de la chaîne économique et en influençant les habitudes d’achat de la population à travers le marketing et le monde du divertissement, les commerçants s’assurent des profits faramineux, tout en ne produisant aucune richesse dans le processus économique. Ils agissent comme de véritables parasites du système économique. Leur prospérité est directement liée à la régression du pouvoir des producteurs et des consommateurs, jusqu’à ce que cela crée une crise économique généralisée. Leur ascension économique dépend donc directement de la chute économique des autres « joueurs » (producteurs, détaillants et consommateurs). Ils sont à ce titre pire que des parasites : ils sont des véritables virus parce qu’ils tuent leur hôte.

Une solution simple et efficace : la loi d’égalités des profits

En réfléchissant à ce virus social et économique et en voulant trouver une alternative, je suis arrivé à une nouvelle manière de réglementer le processus économique. Il s’agit, en gros, de réglementer les profits des différentes étapes de la chaîne économique. La loi que je propose est la suivante :

« Les profits engendrés par une entité de la chaîne économique

ne peut pas excéder les profits d’une entité précédente. »

J’ai résumé ma proposition dans le diagramme qui suit :

Si je n’ai pas mis de commerçants dans le diagramme, c’est simplement pour montrer la nécessité de minimiser leur rôle autant que possible dans le processus économique, et il ne s’agit pas d’en empêcher l’existence.

L’idée générale de la loi d’égalités des profits est de protéger et encourager la productivité en y assurant les profits les plus élevés. Aussi, chaque producteur voudra développer son produit au maximum pour éviter des procédés de transformation ultérieures et ainsi vendre le produit « le plus fini » possible pour s’assurer le plus grand profit. De plus, cela encouragera les entrepreneurs à véritablement innover et inventer continuellement des nouveaux produits, de sorte à pouvoir obtenir un rôle durable dans les différentes étapes de la chaîne économique.

Ce paragraphe parlera rapidement de l’aspect mathématique de l’application de cette loi. J’invite donc ceux que ça n’intéresse pas à passer directement au prochain paragraphe. Évidemment, on sait que lorsqu’un nouveau produit est créé, c’est souvent par la combinaison de plusieurs matériaux et matières premières. L’entreprise devra donc calculer son profit en calculant la masse ou la quantité de chaque matériau acheté dans le produit final, donner une pondération à chacun de ces matériaux, et calculer son profit autorisé en conséquence. Par exemple, imaginons une entreprise qui fabrique des tables en bois : elle devra acheter du bois, des clous et de la colle (limitons notre liste à ces trois choses pour la simplicité de l’exemple). Disons que le profit sur le bois est fixé à 3$ par kg, pour les clous à 0,01$ par clou et à 2$ par litre de colle. Supposons que pour la construction d’une chaise, le fabricant a besoin de 10kg de bois, 10 clous et 0,05 litres de colle. Cela lui autorise donc un profit cumulatif de : (3 x 5) + (0,01 x 10) + (0,05 x 2) = 15,2$ par chaise vendue. Il pourra vendre sa chaise à 30$, mais dans ce cas, il devra utiliser la différence de 30 – 15,2 = 14,8$ pour couvrir tous les frais reliés à la fabrication de la chaise : achat des matériaux, main d’œuvre, machines, locaux, etc.

Cette réglementation aura un impact direct sur la détermination des prix des matières premières parce que sont elles qui sont à la source du processus économique et qui plafonnent ainsi les profits subséquents. Ensuite, un deuxième impact sera notoire au niveau de la rémunération des employés. Je vous invite à lire bientôt les deux prochains articles qui détailleront ces deux aspects.