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26
Août
08

Québec: je te comprends…

Contrairement aux Québécois « de souche », la relation des immigrants envers le Québec n’en est pas une de souvenir mais de compréhension. En effet, alors que les Québécois indécis à propos de la souveraineté doivent faire un effort de se rappeler leur histoire, les immigrants eux doivent faire un effort d’étude et de compréhension. Si le slogan pour les Québécois est « je me souviens » alors pour les nouveaux arrivants, il devrait être : « je te comprends »!

Pour moi la souveraineté du Québec est devenue une évidence. Et je crois que si des Québécois sont encore indécis, c’est qu’ils souffrent de quelques blancs de mémoire. Du côté des nouveaux arrivants, je crois qu’il s’agit simplement d’une ignorance presque générale de l’histoire et l’identité du Québec. Cela est dû en partie soit par leur manque de curiosité et de respect envers leur société d’accueil ou bien par une conviction illusoire qu’ils sont simplement dans une province comme les autres du Canada.

En tant qu’immigrant de première génération, je voulais donc simplement essayer de partager avec vous ce que j’ai compris de l’histoire et l’identité du Québec et ce qui m’a amené à défendre et promouvoir la souveraineté. J’espère ainsi enrichir comme je peux ce combat, et amener les immigrants à se situer dans celui-ci.

L’ouverture sur le monde, l’ouverture sur le Québec

Je suis né au Mexique d’un père mexicain et d’une mère française. Mon père travaillait comme professeur et chercheur dans ce qui est parfois considéré comme l’université la plus importante du monde hispanique. Malgré cette position favorable, il pensait qu’il pouvait trouver encore une meilleure situation aux États-Unis ou au Canada pour lui et pour nous. Par circonstances plutôt que par véritable connaissance et amour du Québec, il a accepté une offre à l’université McGill. J’avais seulement deux mois quand nous sommes arrivés. J’ai donc vécu toute ma vie ici, mais je suis allé toute ma scolarité dans un établissement du programme d’enseignement de France où la majorité des élèves étaient des immigrants comme moi. Ma seule véritable fenêtre sur la culture québécoise a été la télévision : le hockey, RBO, les Bye-bye, Cent limites, etc. C’était des excellentes expériences, mais cela ne m’a jamais fait comprendre en profondeur le contexte historique de la société dans laquelle je me trouvais.

Étrangement, je pourrai dire que mon sérieux intérêt pour le Québec a commencé à cause des (ou grâce aux) évènements du 11 septembre 2001. Je n’avais que 17 ans, mais cette attaque m’a fait poser beaucoup de questions sur le monde dans lequel je vivais. Je ne pouvais pas accepter les interprétations simplistes des grands médias et je me suis donc mis à faire des recherches, surtout sur Internet. Cette volonté de vérité m’a ouvert les yeux sur la réalité politique et historique de notre monde, et j’ai ainsi pu mieux nuancer mes analyses. J’ai compris, et je le constate encore, que nous ne vivons pas dans un monde très rose. La terre est comme un vaste champ de bataille où des forces politiques, économiques, religieuses et autres se font la guerre dans une volonté soit de domination ou alors de liberté.

Le flambeau de l’humanité dans les mains du Québec?

La révolution américaine est un excellent exemple d’un combat gagné pour la liberté. Qui aurait cru que ces petites colonies pouvaient renverser le plus grand empire du monde à l’époque? Qui aurait cru qu’ils réussiraient à gagner cette guerre et instaurer la première république de l’histoire moderne? Grâce à leur constitution et leur respect des droits de leurs citoyens, les États-Unis sont devenus en quelques années la référence sociale, économique et politique du monde. Ils ont pavé la voie pour les révolutions françaises, haïtiennes, les révolutions bolivariennes des colonies d’Amérique latine, la création des républiques en Europe, etc. Ce petit peuple d’Amérique du Nord a réussi à changer radicalement la face du monde en moins d’un siècle. Mais depuis environ 50 ans, les États-Unis ont graduellement perdu ce statut privilégié, et se sont transformés en empire, perdant ainsi leur statut de civilisation. La question se pose : qui va prendre la relève? Pas en tant qu’empire, mais en tant que civilisation phare pour l’humanité? Et pourquoi pas le Québec?… Pourquoi pas?

• Je comprends que des Français ont habité le Canada avant les Anglais;
• Je comprends que ces colons Français ont bâti le Canada à la sueur de leur front, faisant face à des conditions souvent très difficiles;
• Je comprends que l’empire britannique a vaincu la France et colonisé les Canadiens français;
• Je comprends que les Canadiens français devenus Québécois se battent pour leurs droits politiques, économiques et culturels depuis plus de 240 ans;
• Je comprends que la réaction de l’empire britannique a été une réticence violente et même raciste aux aspirations légitimes et naturelles du peuple québécois;
• Je comprends que le Québec a montré une combativité, une patience et une maturité authentique à travers ces décennies de revendications;
• Je comprends que le gouvernement fédéral canadien a été installé afin de concilier les aspirations politiques de tous les Canadiens et la volonté de la couronne britannique de maintenir un contrôle total sur le territoire;
• Je comprends que le gouvernement fédéral, voulant garder son hégémonie, a empêché le Québec de se développer librement;
• Je comprends que la relation politique actuelle entre le Québec et le gouvernement fédéral les limite et les contraint mutuellement;
• Je comprends que les valeurs et les aspirations du Québec sont particulières et légitimes et que leur seul moyen de se réaliser passe par la souveraineté politique du Québec.

C’est ce que j’ai compris, et c’est ce qui me force à reconnaître la légitimité de ce combat. La souveraineté du Québec ce n’est pas un projet capricieux, irrationnel ou enfantin de quelques hurluberlus; pas du tout. C’est un projet nécessaire qui se voudrait la conclusion positive d’un combat d’un peuple pour la revendication, l’affirmation et la libre expression de ses droits.

Une civilisation québécoise?

Je pense avoir compris cela parce qu’en étudiant le monde actuel et notre histoire moderne, je réalise à quel point j’ai été privilégié de vivre au Québec. Plus j’en apprends, et plus je suis content de vivre ici, et pas en France, au Mexique ou aux États-Unis. Le modèle social québécois est véritablement un exemple pour tous. Ce n’est pas une société parfaite comme aucune ne le sera jamais, mais c’est une société qui a démontré jusqu’à maintenant que malgré les traitements difficiles qu’elle a reçu depuis sa subordination au pouvoir britannique, elle ne cherche pas la vengeance. Elle ne cherche pas à faire souffrir les autres comme elle a souffert, mais cherche plutôt à aider les autres là où elle a réussit. Le Québec est vraiment un modèle politique à ce niveau. C’est une société entièrement industrialisé, éduqué, qui vibre ouvertement avec toute la planète. Il ne lui manque plus que le statut et la reconnaissance officiel comme pays à part entière…

Je pense que les immigrants devraient réaliser la chance qu’ils ont de vivre ici. Je ne le cache pas : on vit mieux au Québec qu’au Mexique, de manière générale. Et ça ne veut pas dire que je n’aime pas le Mexique. Mais ça veut dire que l’on doit tous reconnaître que dépendamment des époques, il y a certains peuples qui réussissent mieux que d’autres, à cause de différents facteurs. Si on comparait le niveau de civilisation dans les premiers siècles après Jésus-Christ au Mexique et en France par exemple, on serait forcé de remarquer la supériorité architecturale, artistique et même politique des peuples du Mexique. Si on remonte encore plus loin vers le 3ème millénaire avant la naissance du Christ, et qu’on compare l’Égypte et la Grèce, on doit reconnaître la supériorité de la civilisation égyptienne. L’histoire du monde est une succession de développement de civilisations dans différentes régions de la Terre. La question n’est donc pas de chercher « la meilleure », mais plutôt de voir l’histoire de l’humanité comme un tout, où chaque civilisation passée inspire et guide les civilisations présentes. Si l’on regarde maintenant le Québec, bien qu’on ne peut le considérer comme une civilisation, on peut clairement voir qu’il a tous les potentiels de le devenir. Il lui manque l’outil le plus important du moment : la souveraineté politique. Quand le Québec aura pris cette décision de manière claire et sans équivoque, il affirmera au reste du monde : « je suis prêt à participer à l’avancement de l’humanité activement, librement et en assumant pleinement la responsabilité de mes décisions. » Cela implique qu’on a confiance en soi, en son histoire et dans les valeurs qu’on défend.

La souveraineté du Québec comme remède face à l’apathie politique

Finalement, beaucoup de gens s’inquiètent du sort de l’humanité. Les jeunes en particulier observent le monde et voient des guerres, des injustices, des maladies, et toutes sortes de maux et se demandent : « qu’est-ce que je peux faire? » Je me suis posé la même question. Certains se referment sur eux-mêmes et se disent « je vais m’occuper de ma survie à moi tout seul ». D’autres décident de s’impliquer dans leur quartier, ou au sein d’organismes humanitaires. Mais la véritable implication, après avoir été un changement spirituel personnel, doit à mon avis être politique. Et quel plus belle occasion que celle de fonder un nouveau pays?! Le problème que j’ai rencontré plusieurs fois est que les gens ne réalisent pas que le Québec sera fondé selon nos volontés individuelles. Ils pensent que fonder le Québec c’est simplement aller voter oui ou non à un référendum. Pas du tout. C’est un processus qui va demander à chacun de nous de proposer des idées, de débattre, d’élaborer des projets. Bref, de jeter les fondations de ce pays. Si on fait du Québec un pays, on ne fera pas un pays qui appartient seulement à quelques personnes, mais on fera un pays qui nous appartient tous. Et si nous voulons nous assurer qu’il y fasse bon vivre, mettons-y notre grain de sel et bâtissons-le ensemble.

Beaucoup d’immigrants au Québec restent préoccupés par leur pays d’origine où persistent toutes sortes d’injustices. Je leur dis : « venez participer à la réalisation de la souveraineté du Québec et venez ensuite en aide à ces pays par le biais du Ministère des Affaires Étrangères du Québec! »

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