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26
Août
08

Québec: je te comprends…

Contrairement aux Québécois « de souche », la relation des immigrants envers le Québec n’en est pas une de souvenir mais de compréhension. En effet, alors que les Québécois indécis à propos de la souveraineté doivent faire un effort de se rappeler leur histoire, les immigrants eux doivent faire un effort d’étude et de compréhension. Si le slogan pour les Québécois est « je me souviens » alors pour les nouveaux arrivants, il devrait être : « je te comprends »!

Pour moi la souveraineté du Québec est devenue une évidence. Et je crois que si des Québécois sont encore indécis, c’est qu’ils souffrent de quelques blancs de mémoire. Du côté des nouveaux arrivants, je crois qu’il s’agit simplement d’une ignorance presque générale de l’histoire et l’identité du Québec. Cela est dû en partie soit par leur manque de curiosité et de respect envers leur société d’accueil ou bien par une conviction illusoire qu’ils sont simplement dans une province comme les autres du Canada.

En tant qu’immigrant de première génération, je voulais donc simplement essayer de partager avec vous ce que j’ai compris de l’histoire et l’identité du Québec et ce qui m’a amené à défendre et promouvoir la souveraineté. J’espère ainsi enrichir comme je peux ce combat, et amener les immigrants à se situer dans celui-ci.

L’ouverture sur le monde, l’ouverture sur le Québec

Je suis né au Mexique d’un père mexicain et d’une mère française. Mon père travaillait comme professeur et chercheur dans ce qui est parfois considéré comme l’université la plus importante du monde hispanique. Malgré cette position favorable, il pensait qu’il pouvait trouver encore une meilleure situation aux États-Unis ou au Canada pour lui et pour nous. Par circonstances plutôt que par véritable connaissance et amour du Québec, il a accepté une offre à l’université McGill. J’avais seulement deux mois quand nous sommes arrivés. J’ai donc vécu toute ma vie ici, mais je suis allé toute ma scolarité dans un établissement du programme d’enseignement de France où la majorité des élèves étaient des immigrants comme moi. Ma seule véritable fenêtre sur la culture québécoise a été la télévision : le hockey, RBO, les Bye-bye, Cent limites, etc. C’était des excellentes expériences, mais cela ne m’a jamais fait comprendre en profondeur le contexte historique de la société dans laquelle je me trouvais.

Étrangement, je pourrai dire que mon sérieux intérêt pour le Québec a commencé à cause des (ou grâce aux) évènements du 11 septembre 2001. Je n’avais que 17 ans, mais cette attaque m’a fait poser beaucoup de questions sur le monde dans lequel je vivais. Je ne pouvais pas accepter les interprétations simplistes des grands médias et je me suis donc mis à faire des recherches, surtout sur Internet. Cette volonté de vérité m’a ouvert les yeux sur la réalité politique et historique de notre monde, et j’ai ainsi pu mieux nuancer mes analyses. J’ai compris, et je le constate encore, que nous ne vivons pas dans un monde très rose. La terre est comme un vaste champ de bataille où des forces politiques, économiques, religieuses et autres se font la guerre dans une volonté soit de domination ou alors de liberté.

Le flambeau de l’humanité dans les mains du Québec?

La révolution américaine est un excellent exemple d’un combat gagné pour la liberté. Qui aurait cru que ces petites colonies pouvaient renverser le plus grand empire du monde à l’époque? Qui aurait cru qu’ils réussiraient à gagner cette guerre et instaurer la première république de l’histoire moderne? Grâce à leur constitution et leur respect des droits de leurs citoyens, les États-Unis sont devenus en quelques années la référence sociale, économique et politique du monde. Ils ont pavé la voie pour les révolutions françaises, haïtiennes, les révolutions bolivariennes des colonies d’Amérique latine, la création des républiques en Europe, etc. Ce petit peuple d’Amérique du Nord a réussi à changer radicalement la face du monde en moins d’un siècle. Mais depuis environ 50 ans, les États-Unis ont graduellement perdu ce statut privilégié, et se sont transformés en empire, perdant ainsi leur statut de civilisation. La question se pose : qui va prendre la relève? Pas en tant qu’empire, mais en tant que civilisation phare pour l’humanité? Et pourquoi pas le Québec?… Pourquoi pas?

• Je comprends que des Français ont habité le Canada avant les Anglais;
• Je comprends que ces colons Français ont bâti le Canada à la sueur de leur front, faisant face à des conditions souvent très difficiles;
• Je comprends que l’empire britannique a vaincu la France et colonisé les Canadiens français;
• Je comprends que les Canadiens français devenus Québécois se battent pour leurs droits politiques, économiques et culturels depuis plus de 240 ans;
• Je comprends que la réaction de l’empire britannique a été une réticence violente et même raciste aux aspirations légitimes et naturelles du peuple québécois;
• Je comprends que le Québec a montré une combativité, une patience et une maturité authentique à travers ces décennies de revendications;
• Je comprends que le gouvernement fédéral canadien a été installé afin de concilier les aspirations politiques de tous les Canadiens et la volonté de la couronne britannique de maintenir un contrôle total sur le territoire;
• Je comprends que le gouvernement fédéral, voulant garder son hégémonie, a empêché le Québec de se développer librement;
• Je comprends que la relation politique actuelle entre le Québec et le gouvernement fédéral les limite et les contraint mutuellement;
• Je comprends que les valeurs et les aspirations du Québec sont particulières et légitimes et que leur seul moyen de se réaliser passe par la souveraineté politique du Québec.

C’est ce que j’ai compris, et c’est ce qui me force à reconnaître la légitimité de ce combat. La souveraineté du Québec ce n’est pas un projet capricieux, irrationnel ou enfantin de quelques hurluberlus; pas du tout. C’est un projet nécessaire qui se voudrait la conclusion positive d’un combat d’un peuple pour la revendication, l’affirmation et la libre expression de ses droits.

Une civilisation québécoise?

Je pense avoir compris cela parce qu’en étudiant le monde actuel et notre histoire moderne, je réalise à quel point j’ai été privilégié de vivre au Québec. Plus j’en apprends, et plus je suis content de vivre ici, et pas en France, au Mexique ou aux États-Unis. Le modèle social québécois est véritablement un exemple pour tous. Ce n’est pas une société parfaite comme aucune ne le sera jamais, mais c’est une société qui a démontré jusqu’à maintenant que malgré les traitements difficiles qu’elle a reçu depuis sa subordination au pouvoir britannique, elle ne cherche pas la vengeance. Elle ne cherche pas à faire souffrir les autres comme elle a souffert, mais cherche plutôt à aider les autres là où elle a réussit. Le Québec est vraiment un modèle politique à ce niveau. C’est une société entièrement industrialisé, éduqué, qui vibre ouvertement avec toute la planète. Il ne lui manque plus que le statut et la reconnaissance officiel comme pays à part entière…

Je pense que les immigrants devraient réaliser la chance qu’ils ont de vivre ici. Je ne le cache pas : on vit mieux au Québec qu’au Mexique, de manière générale. Et ça ne veut pas dire que je n’aime pas le Mexique. Mais ça veut dire que l’on doit tous reconnaître que dépendamment des époques, il y a certains peuples qui réussissent mieux que d’autres, à cause de différents facteurs. Si on comparait le niveau de civilisation dans les premiers siècles après Jésus-Christ au Mexique et en France par exemple, on serait forcé de remarquer la supériorité architecturale, artistique et même politique des peuples du Mexique. Si on remonte encore plus loin vers le 3ème millénaire avant la naissance du Christ, et qu’on compare l’Égypte et la Grèce, on doit reconnaître la supériorité de la civilisation égyptienne. L’histoire du monde est une succession de développement de civilisations dans différentes régions de la Terre. La question n’est donc pas de chercher « la meilleure », mais plutôt de voir l’histoire de l’humanité comme un tout, où chaque civilisation passée inspire et guide les civilisations présentes. Si l’on regarde maintenant le Québec, bien qu’on ne peut le considérer comme une civilisation, on peut clairement voir qu’il a tous les potentiels de le devenir. Il lui manque l’outil le plus important du moment : la souveraineté politique. Quand le Québec aura pris cette décision de manière claire et sans équivoque, il affirmera au reste du monde : « je suis prêt à participer à l’avancement de l’humanité activement, librement et en assumant pleinement la responsabilité de mes décisions. » Cela implique qu’on a confiance en soi, en son histoire et dans les valeurs qu’on défend.

La souveraineté du Québec comme remède face à l’apathie politique

Finalement, beaucoup de gens s’inquiètent du sort de l’humanité. Les jeunes en particulier observent le monde et voient des guerres, des injustices, des maladies, et toutes sortes de maux et se demandent : « qu’est-ce que je peux faire? » Je me suis posé la même question. Certains se referment sur eux-mêmes et se disent « je vais m’occuper de ma survie à moi tout seul ». D’autres décident de s’impliquer dans leur quartier, ou au sein d’organismes humanitaires. Mais la véritable implication, après avoir été un changement spirituel personnel, doit à mon avis être politique. Et quel plus belle occasion que celle de fonder un nouveau pays?! Le problème que j’ai rencontré plusieurs fois est que les gens ne réalisent pas que le Québec sera fondé selon nos volontés individuelles. Ils pensent que fonder le Québec c’est simplement aller voter oui ou non à un référendum. Pas du tout. C’est un processus qui va demander à chacun de nous de proposer des idées, de débattre, d’élaborer des projets. Bref, de jeter les fondations de ce pays. Si on fait du Québec un pays, on ne fera pas un pays qui appartient seulement à quelques personnes, mais on fera un pays qui nous appartient tous. Et si nous voulons nous assurer qu’il y fasse bon vivre, mettons-y notre grain de sel et bâtissons-le ensemble.

Beaucoup d’immigrants au Québec restent préoccupés par leur pays d’origine où persistent toutes sortes d’injustices. Je leur dis : « venez participer à la réalisation de la souveraineté du Québec et venez ensuite en aide à ces pays par le biais du Ministère des Affaires Étrangères du Québec! »

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01
Juin
08

Larouche et Charon: Sur l’Histoire

Une rencontre entre Larouche, un économiste et Charon un astrophysicien au sujet de l’Histoire.

1. Salut Charon! Comment vas-tu?
2. Très bien, merci Larouche. Et toi, comment vas-tu?
3. Oh, moi ça va tu sais, mais c’est plutôt pour mes confrères américains que je m’en fais. Plus on se rapproche des élections, et plus je vois de gens haut-placé se faire discrets, de peur de perdre les petits avantages qu’ils ont acquis à travers les années. Ça m’attriste de voir autant de gens importants se comporter littéralement comme des enfants, ne pensant qu’à eux, et étant incapables d’une part de voir la réalité en face, et d’autre part de se soucier honnêtement du bien-être des autres. Mais bon, j’espère seulement qu’Hillary tiendra le coup jusqu’au bout. Ça ne sera pas facile pour elle, d’une part parce que je pense que sa vision du monde n’est pas la plus solide que je connaisse et d’autre part parce que comme je te le disais, avec le temps, j’ai peur qu’il y ait de moins en moins de personnes assez intelligentes et courageuses autour d’elle pour l’aider. Mais bon, pour le moment elle tient le coup, je continue à l’encourager, et je continue de tout faire pour empêcher ce criminel Bloomberg d’arriver au pouvoir. Et de ton côté, comment ça se passe?
4. Je suis content de voir que tu n’as rien perdu de ta combativité. Tu dois vivre dans la société où la situation culturelle est la plus difficile. De mon côté, tu sais, depuis ma découverte, j’ai été très occupé à expliquer des phénomènes jusqu’à là mystérieux voire inconnus. J’en suis plutôt satisfait. J’essais aussi d’accorder un peu de temps aux jeunes curieux qui commencent à s’intéresser à ce que j’ai fait. Mais encore là, tu sais, je pense qu’on a au moins ça en commun : nos découvertes sont tellement révolutionnaires qu’une petite minorité s’y intéresse, et une encore plus petite minorité de cette minorité les comprend vraiment. Avec un peu de recul, j’ai remarqué que l’acte de découverte doit être aussi dur que l’acte de faire revivre la découverte chez un autre!! Tout est expliqué, tout est là, mais qu’est-ce qui piquera la curiosité de certains pour chercher à comprendre?
5. Haha! Voilà toute la question Charon… C’est tout un sujet de discussion que nous devrions certainement avoir un de ces jours. Mais pour aujourd’hui, je voulais parler avec toi d’un sujet particulier, qui, grâce à ta découverte, me permettra de mieux le comprendre.
6. Je t’écoute…
7. Il s’agit de l’histoire. Je me pose dernièrement plusieurs questions, notamment : qu’est-ce que l’histoire? Et, pourquoi étudier l’histoire? C’est un sujet dont on ne peut se soustraire quand on cherche à connaître le monde qui nous entoure, et se connaître nous-mêmes. C’est un sujet dont on ne semble pas pouvoir se passer en tant qu’espèce humaine, et j’ai l’impression que beaucoup abordent ce sujet de manière évidente, sans n’avoir jamais pris le temps de comprendre son sens et son importance. Alors, j’espérais, aujourd’hui avec toi chercher à définir ce sujet plus rigoureusement, et comprendre son importance.
8. Je t’avoue, Larouche, que je ne me suis jamais vraiment posé ces questions très fondamentales, mais c’est un sujet qui m’a toujours intéressé. J’aime depuis longtemps lire des écrits historiques, en particulier ceux traitant de grands scientifiques, ça me permet de mieux les comprendre, de mieux comprendre leur démarche, et par la suite, de mieux situer ma pensée par rapport à eux. Mais je ne viens que de te donner ma propre appréciation de l’histoire, et ce n’était pas vraiment ta question…
9. Tu as raison, ce n’était pas ma question, mais je dois te dire que je suis aussi intéressé par ton point de vue personnel. Je pense qu’on est d’accord sur le fait que cela nous permet de mieux nous connaître, et mieux connaître le monde qui nous entoure. J’aimerai justement comprendre, avec toi, de quelle manière cette élévation de connaissance s’effectue. Mais avant, j’aimerai que nous commencions par répondre à la simple question : qu’est-ce que l’histoire? En se faisant, nous élaborerons un raisonnement rigoureux fondé sur une base commune, ce qui évitera les contradictions.
10. Très bien. Alors, comment définirai-je l’histoire? Je dirai, rapidement, que c’est l’étude d’évènements passés. C’est plutôt basique comme définition, mais je suis sûr que tu seras en mesure de l’améliorer.
11. En effet, c’est assez simple comme définition, quoiqu’elle ne soit pas fausse. Ce que je peux constater d’emblé c’est que le concept d’histoire est relié au concept fondamental de temps, n’est-ce pas?
12. Effectivement. Je dirai même, plus particulièrement, au passé.
13. C’est vrai. L’histoire s’occupe donc d’aller découvrir les évènements du passé. Mais si on veut en faire une véritable science, nous devrions trouver une méthode de recherche d’évènements passés, car étudier l’histoire cela ne signifie pas simplement connaître tous les évènements du passé dans ses moindres détails, mais plutôt le principe sous-jacent qui guide ces évènements.
14. Tu as bien raison là-dessus, continue je t’en prie…

L’astronomie est à l’espace ce que l’histoire est au temps

15. D’accord. Il me semble qu’on pourrait approcher les moments du passé un peu à la même manière dont nous étudions les positions des planètes par exemple. Une étude se fait dans l’espace, et l’autre dans le temps. Mais il me semble que dans les deux cas, c’est toujours notre esprit qui réfléchit, et par conséquent, je pense qu’il y aurait une méthode commune. Dans le cas de l’étude du mouvement des planètes, il faut, à travers l’étude d’une planète en particulier, extrapoler les lois générales qui régissent le mouvement de toutes les planètes. C’est en quelque sorte ce que Kepler a fait en étudiant plus particulièrement la planète Mars, ce qui lui a permis de découvrir que la vitesse d’une planète n’est pas constante tout au long de son orbite, mais elle diminue plus elle est loin du Soleil. Seulement l’effort relativement au temps est constant. C’est ce qu’on a appelé par la suite le principe de gravité. Mais maintenant, comment faire le parallèle avec des moments passés? Car si les astres sont accessibles à nos sens car ils font partie de l’espace, les moments du temps sont, eux, déjà passés et ne sont présents que dans notre mémoire. La planète suit dans le ciel, à première vue, une direction complexe mais organisée. Une chose est sûre : elle existe et elle se déplace. On sait qu’elle se déplace de manière « intelligente » et non chaotique intuitivement, et c’est cette sensation profonde qui peut créer un « malaise » suffisant chez un scientifique pour chercher à définir rigoureusement son orbite. Un astronome comme Tycho Brahe n’avait été en mesure que de donner les changements de position des astres, sans jamais arriver à toucher les lois qui guident leur mouvement. C’est bien Kepler qui en a été capable, et pour cela nous devons lui en être plus que reconnaissant. Qui sait où nous en serions aujourd’hui, sans cette découverte fondamentale… Mais voilà Kepler qui réussit à découvrir le principe universel qui guide le mouvement des planètes. Comment s’inspirer de sa découverte et surtout de sa méthodologie pour l’appliquer au temps, aux évènements historiques?
16. Larouche, je dois t’avouer que je ne suis pas trop sûr si cela est même possible, mais je te conseillerai peut-être de simplement raffiner ta comparaison entre les différentes positions d’une planète et les différents évènements de l’histoire.
17. D’accord, je vais suivre ton conseil, car il me semble sage et pertinent. Alors, si on observe une planète, on remarque qu’elle est en mouvement. La seule chose qui change est donc sa position. Mais si on pensait qu’elle bougeait autour de la Terre comme certains scientifiques persistaient à le dire, alors on risque de penser que le mouvement des planètes est simplement chaotique. Il faut tenir en compte le fait que sa trajectoire est relative au point d’observation, dans notre cas, la Terre. Il faut donc chercher en quelque sorte par rapport à quelle entité la planète se déplace. C’est-à-dire qu’en s’imaginant que la planète est dotée d’une forme d’intelligence, par rapport à quoi, ou à qui définit-elle sa position? Quand nous découvrons qu’il s’agit du Soleil, on peut dire en quelque sorte que c’est lui qui est la cause de son mouvement, et donc de sa trajectoire. Maintenant, comment appliquer cette approche à l’histoire? Si on étudie l’histoire d’un peuple, alors comment d’abord définir le point de référence? Car comme dans l’espace, tout est constamment en mouvement, pour pouvoir arriver à une compréhension de ces mouvements, il faut un point de référence, il en est de même dans le temps, où les évènements sont en constante évolution, et leur étude nécessite donc aussi un point de référence, ou plus correctement, un moment de référence.
18. Mais Larouche, si on reprend l’exemple de l’étude du mouvement de Mars…
19. Oui…
20. Eh bien, il y a d’une part notre position sur la Terre qui nous semble constante et immobile, puis il y a la position du Soleil qui nous semble mobile mais régulière et il y a finalement la position de Mars qui nous semble à la fois mobile, régulière mais chaotique, ou du moins complexe. Pour arriver à mieux comprendre Mars nous devons nous mettre à la place du Soleil. Et la méthode est donc peut-être la suivante : si notre position ne nous permet pas d’observer de régularité de mouvement d’un objet, nous devrions changer de point de référence et choisir un point qui, par rapport à notre position actuelle, nous paraît régulier. Quand nous étudions l’histoire, nous avons en quelque sorte la subjectivité du moment présent, tout comme les astronomes ont la subjectivité de leur position sur la Terre à tenir en compte dans leurs études. C’est de ce moment présent que nous regardons le passé, mais je pense qu’il est important de reconnaître que c’est un moment subjectif, et que tout comme dans l’étude du mouvement de Mars, notre position sur la Terre ne devrait pas être le référent, nous devrions reconnaître que le moment présent ne devrait pas nous servir de référent pour étudier le passé. Qu’est-ce que tu en penses?
21. Je pense que tu vois très juste Charon. La comparaison est excellente. Maintenant essayons de la prolonger autant que cela est possible. Si on se fie à nos trois positions en astronomie, c’est-à-dire celle sur Terre, du Soleil, et de Mars, et que nous établissons le parallèle, dans le temps, entre notre position sur la Terre et le moment présent, nous devrions maintenant chercher à quoi correspond, dans le temps, la position du Soleil et de Mars. Mars pourrait être Jupiter, ou Saturne, peu importe, mais elle représente, pour nous l’objet étudié. Nous devrions donc déterminer l’objet historique étudié. Il pourrait s’agir de l’étude de l’histoire d’un peuple en particulier. Il me semble en vérité que l’histoire de l’humanité s’effectue en terme de peuple, et pas en terme de nations. Car une nation n’est rien sans un peuple, elle n’a pas d’histoire, pas d’identité. Le peuple, lui, représente le véritable phénomène historique qui agit. Nous pouvons donc définir notre planète Mars comme étant le peuple X. Nous devrions maintenant trouver ce que représente notre Soleil. Si on s’aidait de nos connaissances en astronomie pour approfondir la relation entre la Terre, le Soleil et Mars?
22. Très bien, je t’écoute…
23. Il faut évidemment toujours commencer par le fait que notre perception de l’espace s’effectue à partir de notre position sur Terre. On disait que le Soleil tournait autour de la Terre parce que de notre perception c’est ce qui se passait. La phrase était certainement vraie à condition qu’on précise : « mes sens observent la rotation du Soleil autour de moi. » Mais cette illusion sensorielle ne devait être que descriptive et non causale pour rester vraie : en effet, la cause du mouvement du Soleil n’est pas la Terre. Le Soleil ne dépend pas de la Terre pour exister, bien au contraire! Le problème scientifique d’il y a plusieurs siècles en Europe était bien une confusion entre ce que nos sens envoient comme information à notre esprit, et ce que notre esprit interprète. Si l’esprit s’était contenté de simplement dire ce que ses sens lui disaient, alors personne n’aurait eu l’audace de dire que c’est la Terre qui fait bouger le Soleil! On a appelé cela le géocentrisme, mais voilà qu’on pourrait appeler cette manière de voir le monde le icicentrisme, c’est-à-dire le fait de penser que le point de référence spatial universel est là où on se trouve, et que tous les phénomènes spatiaux ont leur cause dans la position que nous occupons. Voilà qu’après plusieurs siècles, l’humanité a généralement réussit à se défaire de cette manière de voir le monde, quoique la culture occidentale actuelle semble être retombée progressivement dans l’individualisme et l’égoïsme. Maintenant, pour continuer dans les parallèles entre espace et temps, comment apprendre de notre erreur d’icicentrisme et empêcher de faire la même avec notre perception du temps et l’histoire. L’équivalent temporel du concept d’ici est le concept de maintenant. Il s’agirait donc de s’empêcher de tomber dans notre méthodologie historique dans le maintenant-centrisme. Cela consisterait à étudier les phénomènes historiques en utilisant comme moment de référence exclusif le moment présent, et à trouver dans chaque phénomène passé une cause première dans le moment présent, c’est-à-dire de croire que les évènements du passé sont tous influencés par notre moment présent. Pour éviter de tomber dans ce piège, cela implique un changement de référent temporel comme nous avons changé le référent spatial de la Terre au Soleil. Il s’agit donc, avant d’étudier un peuple en question, de découvrir et comprendre le moment central et élémentaire de l’histoire de tous les peuples. Je pense que ce moment est en fait le début de l’humanité. En effet, il s’agit du moment central duquel découle l’histoire de tous les peuples de la Terre. Nous devons donc, comme Kepler l’avait fait avec le Soleil, comprendre d’abord la naissance de l’humanité pour ensuite utiliser ce référent historique pour étudier la naissance d’un peuple de manière constructive et séquentielle.

Le principe historique

24. Je dois t’avouer que je suis très impressionné par ton analyse. Il me semble que tu as donné la définition la plus universelle à l’histoire que j’ai entendue. Je vais essayer maintenant d’ajouter mes propres réflexions, et je te prie de me corriger si je suis dans l’erreur.
25. Certainement, Charon.
26. Bon. L’idée principale était de définir l’histoire. Nous avions remarqué rapidement qu’il s’agissait en quelque sorte d’un voyage dans le temps. Je pense que chaque moment de l’Univers est le produit des moments passés, du moins en partie. Je vais me permettre aussi de rajouter un petit détail, que tu accepteras volontiers, il me semble. Il s’agit de préciser que la cause du moment présent ne se trouve réparti ni également ni de manière proportionnelle ou géométrique dans chaque moment passé. Je dirai même que la cause du moment présent trouve son origine dans un principe universel, et je dirai que ce principe universel se trouve à la « naissance » de l’Univers. Cela paraît peut-être étrange à dire, mais il me semble que c’est correct, et qu’en fait chaque nouveau moment de l’Univers répond directement au premier des moments de l’Univers, Sa Création, puisque c’est dans ce moment que recèlent tous les principes qui le régissent. Cela dit, je continuerai même en disant que l’objectif ultime de l’histoire est d’arriver au premier moment de l’Univers, et donc de découvrir les principes qui en régissent le comportement. C’est étrange car notre capacité à saisir cet instant universel premier ne dépend aucunement de notre distance temporelle avec lui. Cet instant premier est accessible à tous moments car, comme je l’ai dit, chaque moment qui le suit lui répond directement. En observant la succession des moments de l’Univers, on observe en quelque sorte Sa renaissance constante.
27. Étudier des évènements historiques particuliers n’est en fait qu’un prétexte, ou un moyen de découvrir les principes universels qui régissent notre Univers?
28. Je crois que c’est juste. Et c’est pour cela je crois que les vrais anthropologues ne se limitent jamais à l’étude d’un peuple, mais ils sont fascinés par les similitudes entre tous les peuples qu’ils étudient. Ils entrevoient, dans ces similitudes, de manière implicite ou inconsciente, les principes qui régissent notre Univers.
29. Je pense que tes précisions sont plus que pertinentes Charon et je t’en remercie. Je pense que nous nous approchons de notre objectif peu à peu, et j’en suis très heureux. Je pense que notre définition générale de l’histoire est assez claire. Le principe que je retiendrai est le suivant : chaque moment répond au premier moment de la création du phénomène dont il fait partie, et l’intention de cette création reste également présente dans chacun des instants ultérieurs.
30. Oui, voilà le principe historique que nous cherchions il me semble. Ce qui est merveilleux c’est aussi de constater que plus le temps avance, plus nous nous enrichissons d’évènements desquels puiser pour améliorer notre compréhension de l’Univers. Voilà très certainement pourquoi les personnes plus vieilles peuvent être plus sages.

L’Histoire de l’Homme

31. Soit, nous sommes d’accord sur ce principe qui régit ce qu’on pourrait appeler « l’histoire de l’Univers ». J’aimerai maintenant qu’on se penche plus particulièrement sur l’histoire de l’Homme, ou alors l’histoire des créatures intelligentes de l’Univers, ce qui me semblerait similaire. Je ne vois pas l’intérêt de nous pencher sur l’histoire des animaux car ils n’ont pas cette faculté de réflexion universelle. Mais l’Homme, comme toute autre créature intelligente de l’Univers, a en lui cette faculté. Avant de rentrer dans notre raisonnement, j’aimerai que tu me rappelles rapidement ta découverte sur l’esprit et l’électron, pour être sûr que je l’ai compris, et que nous soyons ensuite en mesure de l’utiliser dans notre recherche.
32. Volontiers. Ce que j’ai découvert se résume plutôt facilement. En fait, ce que nous appelons esprit et ce que nous appelons électron n’est qu’une seule et même chose. Notre esprit est la chose qui nous permet de réfléchir, d’imaginer, d’aimer, d’agir, et l’électron démontre le même comportement. Je ne te donnerai pas les détails scientifiques de ma découverte, car cela serait long et laborieux, et nous retarderait dans notre investigation. Pour te donner au moins les conséquences majeures de ma découverte, je te dirai d’une part que notre corps est habité par une multitude d’électrons, donc d’esprits. Je préciserai que chaque esprit, de par le fait que c’est un électron, existe depuis la « création » de l’Univers. Et parce que c’est un esprit, il a en mémoire, tous les évènements passés de l’Univers. Nous avons donc en nous, toute l’histoire de l’Univers. D’autre part, je te préciserai que ce qu’on appelle notre âme est en réalité notre ADN. Notre ADN est évidemment composé de molécules, donc d’atomes, donc d’électrons, et donc finalement d’esprits. Quand les gamètes sexuelles sont créées par nos parents, non seulement le code génétique est dupliqué, mais aussi la mémoire des esprits qui le composent. Notre ADN comporte ainsi, dans les esprits qui la composent, la mémoire de la vie de nos parents jusqu’au moment de notre conception, la mémoire de nos grands-parents de la même manière, et ainsi de suite, jusqu’au premier être humain! Maintenant, l’esprit est dans toutes choses matérielles, mais il se manifeste de différentes manières. Par exemple, la roche est dotée d’esprits, la rose et le cheval aussi, mais aucune de ces entités n’est capable d’exploiter les pouvoirs de l’esprit comme notre ADN est capable. À ce niveau là, notre ADN est vraiment très particulière. Je pense que je t’ai dit l’essentiel, et je serai très curieux de voir de quelle manière tu seras en mesure de mettre cette découverte dans le contexte de l’étude historique.
33. D’abord, je dirai que ta découverte est non seulement merveilleuse mais aussi rassurante. C’est-à-dire que pour connaître l’histoire de l’Univers et ses principes universels, nous n’avons pas besoin de regarder ailleurs qu’à l’intérieur de notre esprit. Nous avons certainement besoin d’inspiration et peut-être de motivation de l’extérieur, mais la clé est en nous. Ainsi, l’histoire de l’Univers est accessible à tous. Maintenant, je vais essayer de partir de notre existence humaine actuelle pour essayer de comprendre les principes méthodologiques de l’étude de l’histoire humaine. Nous devons commencer par reconnaître que, d’après ta découverte, ce qui reste constant tout au long de notre vie est notre ADN. Chaque nouvelle cellule créée ne fait que dupliquer l’ADN originale, ainsi que sa mémoire spirituelle interne, ce qui fait que l’ADN de chacune de nos cellules porte dans chacun de ses électrons, la mémoire de toute notre vie. Mais si nous sommes composés de milliards de cellules qui elles-mêmes rentrent dans la composition d’organes qui remplissent certaines fonctions, alors on peut affirmer avec assurance qu’il y a bien une ou quelques cellules qui « dominent » le reste des cellules, comme une sorte de centre décisionnel. Certains disent que ce centre est la glande pinéale dans le cerveau, et serait en quelque sorte le centre de la conscience. Je n’en sais rien moi-même personnellement, mais je pense qu’il est sage d’admettre que ce centre doit se trouver à l’intérieur de notre cerveau. De toute manière, instinctivement, nous utilisons cette partie de notre corps pour penser et réfléchir, même si nous pouvons des fois avoir besoin de méditer ou jeûner pour mieux en prendre conscience. Maintenant la question à laquelle je me suis engagé à répondre est de savoir comment ces connaissances nous permettent d’arriver à une méthodologie de l’étude de l’histoire humaine. D’abord, comme nous venons de le mentionner, le passé se trouve véritablement en nous. L’étudier signifie donc aller chercher dans la mémoire des esprits qui nous composent des évènements passés significatifs. Aussi, j’avais expliqué plus tôt la différence d’importance dans l’influence d’évènements passés sur notre vie présente, et je pense donc que quand nous étudions l’histoire, nous devrions en vérité étudier « notre » histoire, c’est-à-dire l’histoire des esprits qui nous composent. Nous devrions fouiller primordialement dans leur mémoire et chercher les évènements les plus pertinents et significatifs relativement à notre vie présente. Évidemment, si nous voulons nous concentrer sur notre expérience humaine, nous devrions nous concentrer exclusivement sur la mémoire de notre ADN, c’est-à-dire chercher dans la mémoire des esprits qui composent notre ADN les vies passés de nos parents, nos grands-parents, et ainsi de suite, jusqu’à voyager dans le temps et arriver, idéalement, aux débuts de l’humanité sur la Terre. Ainsi, il s’agit en quelque sorte de retracer le voyage de son ADN à travers les générations humaines passées. Pour la génération immédiatement avant nous, il s’agit de nos parents, alors c’est généralement facile de connaître leur vie et leurs expériences passées. Pour nos grands-parents aussi dans beaucoup de cas. Mais plus on retourne dans le passé, plus il devient difficile d’acquérir une connaissance exacte des vies particulières de chacun de nos ancêtres. Il arrive aussi qu’une personne n’ait jamais connue ses parents, ou ses grands-parents, et ainsi le travail d’investigation peut être très difficile à commencer. C’est un peu le malaise auquel beaucoup de jeunes, victimes de la mondialisation surtout dans les pays occidentaux, sont victimes. Ils ont perdu le contact avec leur culture, leur histoire et ils n’ont plus ce sentiment d’appartenir à l’histoire de l’humanité. Ils sont devenus en quelque sorte aculturels, et atemporels. Ils ont été littéralement déracinés et maintenus dans un état existentiel où seulement le présent et le court terme compte, ils font face à une stimulation constante de leurs émotions à travers les bombardements publicitaires. Ils délaissent ainsi une grande partie de leur identité, et faute d’encrage solide avec leurs racines, ils perdent leur jugement moral, et c’est pour ça, entre autres, que Bush est capable de frauder deux élections, que l’empire britannique est capable, avec l’aide d’agents américains, de faire tomber les tours jumelles à New York et d’envahir l’Afghanistan et l’Iraq. Faute de connaissance de notre histoire propre, nous devenons de véritables animaux et des victimes du temps. Non seulement cela, mais nous devenons purement individualistes.
34. Ta critique sociale me paraît juste, continue je t’en prie…
35. Ce n’était qu’une courte parenthèse, revenons maintenant au rôle de l’ADN. Nous avons déjà dit plusieurs fois qu’une partie de la mémoire de notre ADN est partagée par nos parents et qu’une partie de la leur a ou a été partagée par leurs parents, et ainsi de suite. Nous savons aussi que la moitié de notre code génétique provient de notre père, et l’autre moitié de notre mère. Maintenant, la moitié qui provient de notre père par exemple, provient-elle exclusivement de son père ou de sa mère, c’est-à-dire de notre grand-père ou grand-mère?
36. Ah! Bonne question, et je pense que je commence à voir où tu veux en venir. Évidemment, la moitié du code que notre père nous a légué provient en partie de son père et en partie de sa mère, sinon chaque couple ne pourrait que faire 4 types d’individus!
37. Exactement, Charon. Et donc la moitié de notre code génétique provient donc en partie de notre grand-père et notre grand-mère paternel, et il en est de même du côté de notre mère. Nous appliquons ensuite le même raisonnement, mais pour une génération plus loin, et nous voyons encore qu’une partie de chacun de nos demis-codes génétiques vient des deux parents de chacun de nos grands-parents paternels, et la même chose du côté maternel. Ainsi, si on regarde seulement la génération qui nous précède, celle de nos parents, nous avons en mémoire deux vies passées. Si nous passons à la génération précédente, nous avons en mémoire quatre vies passées. Et ainsi de suite, jusqu’à passer à la nième génération passée et nous avons en mémoire 2n vies passées. En supposant que ce sont passés 600 générations depuis Adam et Ève, nous aurons, chacun de nous vivants en ce moment, environ 2600 ce qui égale à environ 4*10^180 vies passées qui sont réparties dans la mémoire des électrons qui composent chacun de nos chromosomes. Ce qui est aussi important de constater est que nous portons donc en nous à des degrés différents, un nombre astronomique de vies passées, mais ces vies ne se succèdent pas linéairement dans notre mémoire, elles sont plutôt parallèles et certaines même synchroniques. Par exemple, si nous avons deux parents qui ont sensiblement le même âge, nous portons en nous la mémoire de chacune de leur vie, qui correspond à deux expériences différentes dans sensiblement la même période temporelle, mais dans des espaces différents. Cette différence est d’autant plus marquée que nos parents viennent de régions éloignées du monde. Ainsi, nous avons en mémoire, pour la même période historique, deux vies passées. En supposant encore que nos quatre grands-parents aient eu le même âge au même moment, nous portons la mémoire de quatre vies passées supplémentaires mais synchroniques qui sont certainement fortement reliées à celles de nos parents, mais qui sont néanmoins différentes. Nous avons donc, du point de vue de la génération de nos grands-parents, la richesse mémorielle de quatre vies passées simultanées. Nous avons donc un enrichissement d’expériences plus dense encore d’une période historique de quatre points de vue spatiaux différents. Plus nous retournons dans la vie de nos ancêtres, plus nous nous enrichissons de perspectives sur un moment historique donnée.
38. À ce moment-là, l’étude de l’histoire, ou de notre histoire à chacun, nous permet de mieux évaluer le moment présent et notre vie car nous nous dotons ainsi de plus de points de repères et d’expériences. Nous devenons donc littéralement plus sage. Mais, Larouche, cette sagesse ne se limite-t-elle pas exclusivement aux endroits où ont vécu nos ancêtres? Et donc si aucun de mes ancêtres n’a jamais vécu en Corée par exemple, je sois incapable ni de comprendre quoique ce soit, ni de ressentir la moindre sympathie pour les Coréens?
39. Excellente question Charon. J’allais justement y venir, et je suis content de voir que tu suis très bien mon raisonnement. Il est certain que si on limite l’étude de l’histoire de l’humanité à l’histoire exclusive de nos ancêtres, nous seront très certainement incapables de ressentir aucune affinité pour tous les autres peuples desquels aucun de nos ancêtre n’a fait partie. Mais nous ne devons pas nous satisfaire de cela. Nous ne pouvons pas simplement nous comprendre nous-mêmes, cela ne mène strictement à rien, on se doit aussi de comprendre les autres si on veut vraiment être heureux. Sinon, on tombe rapidement dans le racisme et la peur de l’autre. Pour commencer, je ne pense pas avoir besoin de voir avec toi que la théorie de l’évolution, plus particulièrement la théorie de la spéciation est une absurdité scientifique sans pareille, alors je n’en parlerai pas. D’accord?
40. C’est parfait. Continue je t’en prie…
41. Pour répondre à ta question, je dois d’abord te prouver que nous avons tous, êtres humains, au moins un ancêtre commun. Je vais prouver cette vérité en prouvant que le contraire est faux et absurde. Imaginons donc que nous n’aillons aucun ancêtre commun. Cela voudrait dire d’une part que nous sommes tous fils et filles uniques, ce qui déjà est faux. Ensuite, cela signifierait que chacun de nos ancêtres est aussi fils ou fille unique, ou s’ils ont eu des frères ou des sœurs, ces derniers n’ont jamais eu de descendance. On voit ainsi, si on reste fidèle à la supposition première qui est de dire que nous ne partageons de lien de parenté avec personne, que chacun de nous a deux parents distincts, quatre grands-parents distincts, huit arrières grands-parents distincts, etc. D’après la fonction logarithmique de puissance de 2, le nombre de nos ancêtres personnels ayant appartenu à la première génération d’Hommes aurait été de 2^n individus. Cela signifierait, en considérant que nous sommes 6 milliards d’êtres humains sur Terre, que le nombre d’individus de la première génération d’Hommes s’élevait à 2^n * 6 * 10^9. En supposant qu’il s’est écoulé environ 600 générations depuis les premiers Hommes, nous arrivons à un total de 2,5 * 10190 individus ayant existé dans la première génération humaine sur Terre. Cela est évidemment absurde car il me semble que la Terre ne pourrait supporter un tel nombre, et de plus cela signifierait que nous devenons de moins en moins nombreux alors que l’histoire nous montre le contraire. Et je pense donc que pour constater une augmentation exponentielle du nombre d’êtres humains sur Terre, nous devons admettre que la première génération d’êtres humains était très peu nombreuse, peut-être de seulement deux individus comme beaucoup de mythologies l’affirment, ou alors d’un très petit nombre. Une autre preuve assez simple pour montrer que l’hermétisme génétique de nos ancêtres est une absurdité : si nous souhaitons procréer, à moins de le faire avec notre sœur, ou notre mère, nous serons obligés de fusionner notre lignée génétique avec celle d’une autre personne, et ainsi il y aura la création d’un ancêtre commun entre l’enfant créé et ses cousins. Je pense qu’il est donc assez facile de conclure que nous devons absolument partager au moins un ancêtre commun avec chaque être humain sur Terre. Maintenant, tu me demanderas quel est le rapport avec notre conversation sur l’étude de l’histoire…
42. Exactement…
43. Eh bien, si on se rappelle que l’ADN garde les mémoires de la vie des individus chez qui elle « est passée », alors nous pouvons affirmer que nous partageons une mémoire partielle commune plus ou moins lointaine avec chaque être humain, et si nous rappelons aussi que les premiers hommes étaient très peu nombreux, nous pouvons aussi conclure par extension que nous partageons tous une mémoire collective en tant qu’espèce humaine, transmise par l’ADN. Ainsi, apprendre à connaître quelqu’un signifie que nous cherchons, dans nos mémoires de vies antérieures, l’ancêtre que nous partageons avec cette personne. Non seulement nous voulons nous rattacher à ce point commun pour voir notre similitude, mais nous voulons aussi comprendre comment le « schisme » si on peut l’appeler ainsi s’est opéré. En gros, quels choix ont été faits par notre ancêtre commun qui ont mené d’une part au partage de son ADN dans mon corps, et dans celui de l’autre.
44. C’est très intéressant ce que tu avances Larouche. On serait donc tous reliés les uns aux autres à des degrés différents par les chromosomes que nous partageons. Nous sommes donc tous vraiment des frères et des sœurs, ou des cousins et cousines. Dans tous les cas, nous partageons au moins un chromosome avec chaque être humain. Mais cela n’est-il pas de la génétique, et plus de l’histoire?
45. Je vais essayer de te montrer le lien entre les deux. Ce que je dis en réalité est que comme l’histoire est l’étude des évènements passés, les électrons, ou esprits qui nous composent sont l’endroit où reposent la mémoire de l’Univers, ils représentent ainsi la clé pour étudier l’histoire. C’est-à-dire que nous devons passer « par eux » pour étudier le passé, et voyager dans le temps. Les véhicules pour voyager dans le temps sont bien les esprits qui nous composent, et plus particulièrement ceux qui composent notre ADN. Mais évidemment, plus on retourne dans le passé de nos chromosomes, plus ils se diffusent dans une multitude d’êtres humains, et plus les expériences deviennent diversifiées. C’est pour cette raison qu’en étudiant l’histoire, notre histoire, nous devons étudier les évènements généraux à travers les yeux de différents personnages, pour essayer de comprendre ou d’imaginer comment les personnes de l’époque vivaient ces évènements. Nous aurons en nous, pour un évènement donné, le point de vue de plusieurs individus, et nous devons donc essayer d’avoir une approche à l’histoire qui soit la plus universelle possible pour essayer de toucher à toutes ces perspectives, et par la suite mieux se comprendre, mieux comprendre les autres et finalement mieux comprendre l’Univers. C’est donc la vraie raison de faire de l’histoire, c’est retracer dans le temps, les moments de similitude avec les autres et ce qui nous entoure, et les moments de divergences, en essayant de comprendre le cheminement ayant mené à ces différences. Cela s’applique autant aux individus qu’aux autres entités de l’Univers. Par exemple, en pensant que toute la matière est composée d’électrons, de protons et de neutrons, on peut se demander comment, à quel moment, et dans quelles circonstances, l’Univers a engendré les différences d’expression de la matière qu’on observe autour de nous : le Soleil, la Terre, les minéraux, les plantes, les animaux, nous… On cherche donc à retracer le cheminement et comprendre le principe directeur menant d’un moment passé de similitude à un moment présent de diversité.
46. Je suis très impressionné de ces dernières phrases Larouche, et elles me travailleront l’esprit encore quelques temps je le sens. Pourtant, je voulais te faire part d’une question qui me travaillait l’esprit depuis quelques minutes. Ce questionnement est maintenant devenu plus clair, et je voulais t’en faire part, et avoir ta réponse. Tu mentionnes en effet qu’il existe en quelque sorte plusieurs niveaux de mémoire. La plus évidente serait celle de notre vie présente. Il y aurait ensuite toutes les vies passées résultant des « voyages » de nos chromosomes dans l’ADN de milliers même millions d’êtres humains avant nous, nos ancêtres. Finalement, il existe un autre niveau de mémoire qui serait celui avant la vie humaine que chaque esprit-électron aurait expérimenté avant de devenir une composante de notre ADN. Je me demande en fait de quelle manière et avec quelle puissance tu penses que ces différents niveaux de mémoire nous affectent.
47. Très bonne question, Charon. Ce que je dirai d’abord, et je pense que tu seras facilement en accord avec moi, est que notre vie actuelle est la vie la plus facile à reconnaître comme étant réelle. Maintenant, je serai porté à croire que notre capacité à reconnaître notre vie antérieure précédente représentée par la vie de nos parents, jusqu’au moment de notre conception, est deux fois moins forte que celle de notre vie courante. Si l’on fixait notre capacité à reconnaître notre vie courante à 1, celle de nos parents serait à ½. Si l’on devait évaluer notre capacité à reconnaître la vie de nos grands-parents, on obtiendrait à mon avis ¼, et 1/8 pour nos arrières grands-parents. Il s’agit donc d’une progression exponentielle, où notre capacité à reconnaître la nième génération derrière nous présente un facteur de 1/2n. Cette progression exponentielle me paraît normale puisqu’à chaque nouvelle vie, nous accumulons la mémoire de la vie antérieure. Et chaque nouveau membre de la série exponentielle peut s’obtenir en ajoutant tous les membres précédents. On obtient effectivement la série : 1, 1, 2, 4, 8, 16, et ainsi de suite. Je pense donc que notre capacité à reconnaître chacune des vies de notre ADN s’accumule de manière exponentielle à travers les vies.
48. C’est très intéressant ce que tu affirmes Larouche. Cela me paraît plausible. En effet, même en connaissant très bien notre vie depuis notre naissance, il semble que l’on n’est pas encore complètement satisfait : on a besoin de connaître la vie de nos parents et nos grands-parents. Maintenant je me demande bien comment mesurer la force mémorielle, mais cela mériterait une toute nouvelle discussion en soi. Il y a autre chose que je me demande également. Il s’agit du fait qu’un évènement du passé peut avoir influencé toute une chaîne d’évènements ultérieurs jusqu’à aujourd’hui. Et la reconnaissance d’un évènement central du passé qu’on aurait oublié peut avoir un impact énorme sur notre manière de voir le monde et de nous comporter. Qu’est-ce que tu en penses?
49. Je pense que ta remarque est très juste Charon. Cela me fait penser à quelqu’un comme Malcolm X par exemple. Le moment où il a été poussé à apprendre les vérités historiques de son peuple, le peuple Noir africain, sa vie a changé drastiquement. Je vais essayer d’élaborer sur ta question d’abord en émettant l’hypothèse suivante : tout notre passé nous influence à moitié sur chaque moment présent, et l’autre moitié est entièrement libre si on veut et est influencée par notre libre volonté, nos aspirations, nos rêves. Il est certain d’après ce que j’ai dit concernant la progression exponentielle de notre capacité à reconnaître les vies passées, que plus un moment est lointain, moins il nous influence. Néanmoins, comme tu dis, ce moment est relié à une chaîne d’autres moments en terme de similitude qui part du moment en question jusqu’au moment présent. Chaque chaînon de cette chaîne influence le chaînon ultérieur avec une intensité décroissante jusqu’au moment présent. En d’autres mots, la prise de conscience du dernier chaînon qui représente le moment de similitude avec le premier chaînon de la chaîne en question aura un impact moins grand sur notre vie que la découverte du premier chaînon. Il y a donc en vérité deux chaînes. L’une étant celle qui relie toutes nos vies passées et notre capacité à les reconnaître comme étant réelles, et la seconde étant l’influence des moments de chacune de ces vies sur les moments des vies ultérieures. Notre vie présente est la plus facile à accepter. Notre vie précédente est ½ fois plus facile à accepter. Celle juste avant l’est à ¼ et ainsi de suite. Mais plus l’accès et la découverte de chacune des vies passées est difficile, plus les découvertes qu’on peut y faire seront récompensées. On peut dire qu’il s’agit d’une loi universelle : plus on aura trouvé un moment lointain de notre passé, plus il nous éclairera fortement sur notre identité. C’est comme si Dieu, pour récompenser les curieux, illuminait et libérait l’identité de ceux qui voyageaient dans le passé pour mieux se comprendre eux-mêmes et leur relation avec l’Univers.

Le rôle de l’étude de notre histoire

50. Cela me paraît tout à fait sensé. Il me semble que nous avons jusqu’à maintenant une discussion très intéressante, et j’aimerai qu’on essaye de la remettre dans le contexte du début quand on affirmait que l’histoire nous permettait de mieux nous connaître nous-mêmes et l’Univers dont nous faisons partie. J’avais dit que d’après moi l’objectif de l’histoire était de revenir au tout premier instant de l’Univers, et donc de nous-mêmes, si on admet que nous sommes « nés » en même temps que l’Univers. D’après ce que tu as dit, il s’agit du moment le plus difficile à reconnaître en nous-mêmes, mais également le plus riche de tous. Je pense que tu seras d’accord avec moi pour dire qu’il en est de même avec la naissance de l’humanité, et même avec notre naissance à chacun de nous. C’est comme si la naissance d’une entité est l’influence la plus importante sur toute la vie de cette entité. Se connaître vraiment impliquerait donc de connaître la naissance de l’humanité d’une certaine mesure, mais surtout de la naissance de l’Univers. Mais penses-tu que cela est vraiment possible?
51. Très bonne question Charon. D’abord, je suis d’accord avec ton analyse concernant l’influence de la naissance de l’Univers sur chacun des moments ultérieurs. Tu avais aussi dit plus tôt que puisque la naissance de l’Univers se manifestait à chaque instant, notre capacité de le comprendre ne dépendait pas de notre proximité temporelle avec sa naissance. C’est très juste, et je pense aussi qu’il est impossible de revivre la naissance de l’Univers par une méthode de régression dans le temps. On se butterait au même problème que la quadrature du cercle tel que Nicolas de Cues l’a exprimé.
52. Mais si ce n’est pas comme ça, alors comment? Et aussi, à quoi bon étudier l’histoire tout simplement?!
53. Je dirai que nous étudions l’histoire comme un terrain de recherche et d’observations pour arriver à soutirer les lois universelles du temps. Étudier le passé c’est un prétexte pour comprendre le présent. Une fois les lois universelles comprises et maîtrisées, nous les utilisons pour faire des choix judicieux et façonner notre avenir en harmonie avec l’histoire de l’Univers.
54. D’accord, je comprends ce que tu veux dire Larouche, tu as répondu à ma dernière question, mais pas à la première. Si on sait qu’on arrivera jamais au premier moment de l’Univers, comment s’assurer qu’on pourra jamais se connaître nous-mêmes? Ou peut-être que nous avons été créés sans que l’on puisse savoir vraiment qui on est…
55. Non, je pense qu’on peut vraiment se connaître. Mais évidemment, pas en pensant que plus on retourne loin dans le passé, mieux on se connaît. Notre histoire, nous l’avons dit, est un prétexte pour se connaître maintenant et ici. Il est clair également que certains évènements passés peuvent avoir une influence sur nous telle qu’ils nous empêchent d’être véritablement indépendant et libre de chercher notre identité, un peu comme s’il s’agissait de mirages et d’illusions desquelles nous devions nous défaire pour vraiment appréhender notre identité. Ceci dit, une fois ces embûches ôtées de notre passage, nous utiliserons notre histoire non pas pour chercher d’autres embûches exclusivement, mais plutôt comme un moyen de comprendre qui nous sommes vraiment.
56. Très bien, mais comment alors, une fois qu’on a acquis cette capacité à penser librement, se connaître soi-même?
57. Nous devons étudier notre histoire propre comme une série de choix, de décisions. Et nous devons ensuite chercher l’essence et la cause qui se cache implicitement dans cette succession de choix. C’est-à-dire chercher le principe commun à ces évènements, de la même manière que nous cherchons le principe universel qui guide le mouvement de Mars quand on observe son changement successif de position dans l’espace. Par contre, en ce qui nous concerne, je me demande toujours quel est le lien entre le principe universel qui régit nos actions à tous, et celui qui régit nos décisions individuelles. Je me demande en effet s’il existe véritablement des limitations quant à nos possibilités de décisions. Ces limitations ne pourraient être en effet que les limites de ce que l’on peut penser. Mais une fois de plus, nous devrions nous demander ce qui pourrait limiter nos pensées. Et si l’ultime limitation serait en effet inconnaissable et donc véritablement insurmontable, à quoi bon chercher à la connaître, si par définition, elle serait inaccessible? Cela dit, une fois que nous avons appris à nous connaître, nous avons le devoir d’agir sur l’Univers et d’exprimer notre originalité, pour enrichir la merveilleuse Création qui nous entoure.