Archive pour juin 2008

08
Juin
08

Larouche et Socrate: Sur Dieu

  1. Salut Socrate !!
  2. Hey, salut Larouche, comment vas-tu?
  3. Très bien, ça me fait vraiment plaisir de te voir, tu ne sais pas à quel point. Ça fait tellement longtemps qu’on ne s’est pas parlé, mais finalement aujourd’hui, après ces siècles passés, je te revois, et ça me fait du bien.
  4. Tu m’en vois également ravi Larouche. Je t’avoue que tu m’as beaucoup manqué aussi. Je sais que tu as été très occupé dans tes affaires, et j’espère qu’on aura aujourd’hui une très bonne discussion, comme nous en avions l’habitude. Alors, de quoi voulais-tu discuter aujourd’hui ?
  5. Haha ! Excuse-moi, mais d’une part je suis très enthousiasmé de partager mes nouvelles idées avec toi, et d’autre part, je ne suis pas sûr de ta réaction face à ce sujet. On pourrait dire sans vraiment se tromper je crois qu’il s’agit du sujet de discussion le plus ancien de l’Humanité, et qu’il s’agit sûrement en réalité du sujet le plus important qui existe. Tu y as évidemment déjà réfléchi et tu en as aussi parlé à plusieurs reprises, mais je ne pense pas que tu aies jamais approché le sujet de la manière que je vais te proposer aujourd’hui.
  6. Oh ! Larouche, là je t’avoue que tu me prends par surprise. La discussion que tu proposes me paraît presque controversée à t’entendre parler. Je vais t’avouer que tu as déjà piqué ma curiosité, et je te prierai sans plus tarder de t’exprimer.
  7. Il s’agit du concept de Dieu.
  8. Dieu ! Ah oui, là je t’avoue que sans vouloir exagérer, cela risque d’être une très longue discussion. C’est un sujet auquel j’ai pensé plus d’une fois, comme beaucoup de ceux qui s’intéressent à la philosophie. Malgré tout ce que j’ai pu entendre sur le sujet, autant par des prêtres que des philosophes, je n’ai jamais pu m’identifier pleinement avec leur définition. Je ne te mentirais pas si je te disais que je n’ai pas perdu l’espoir d’entendre une description nouvelle du concept de Dieu, et j’attends beaucoup de la discussion qu’on vient de commencer, surtout car c’est de toi qu’elle vient.
  9. Je te remercie beaucoup de cette confiance Socrate, et j’essaierai de ne pas te décevoir en approfondissant et en défendant du mieux que je peux cette idée.
  10. N’attends pas plus, je t’en prie, et commence s’il te plaît…
  11. Très bien. D’abord, ce qui me fascine d’emblais, c’est de constater que tout le monde semble savoir intuitivement ce qu’on entend par Dieu. Même un enfant très jeune semble connaître l’idée, et je n’ai rencontré aucun enfant, ni même aucun adulte, qui a posé la question sincère, naïve et innocente de « Qui est Dieu ? » ou « Qu’est-ce que ça veut dire Dieu ? ». Il me semble que seul le philosophe se pose cette question, non pas parce qu’il n’ait jamais entendu ce mot, et qu’il n’ait aucune idée de sa signification, mais bien parce qu’il constate que tout le monde en parle sans l’avoir défini préalablement. Pour lui, cela pose un problème : il remarque des gens qui parlent d’une chose et souvent sont en désaccord, mais ils n’ont jamais vraiment défini de manière personnelle et individuelle le concept de Dieu. Cela mène inévitablement à des malentendus, voire à des guerres. C’est là que le philosophe a un rôle à jouer : dénouer les malentendus en redéfinissant de manière universelle les concepts incompris. C’est donc ce rôle que j’aimerai jouer avec toi aujourd’hui si tu le veux bien.
  12. Volontiers, Larouche. Je ferai de mon mieux pour te guider comme je le peux, et te nourrir de mes propres réflexions.
  13. Merci Socrate. Avec ton aide je sais que je suis entre bonnes mains, et cela me mettra plus à mon aise, je parlerai plus librement et je serai moins anxieux de commettre des erreurs dans ma pensée. Commençons donc si tu le veux bien.
  14. Bien sûr.
  15. Alors, comme je le disais, il semble que le mot même de Dieu, malgré le fait qu’il ait rarement été défini dans la vie des individus, est un concept qui semble être évident en soi, et dont tout le monde, ou presque, reconnaît l’existence. Dieu existe, d’accord, mais qui est-il ? Que représente-t-il ? En occident, ce concept a été majoritairement défini à travers la Bible, et même si le christianisme a perdu de sa vigueur, les athées rejettent souvent l’existence de Dieu car leur définition est ancrée dans la Bible. Mais comme Raël l’enseigne, même dans la Bible, et plus particulièrement dans l’Ancien Testament, il semble évident que Dieu n’est pas qu’un concept, mais plutôt une personne vivante. Déjà on parle du Dieu « vivant ». On voit Abraham marcher et parler avec Dieu qui est décrit comme ayant un corps humain. On voit Jacob se battre physiquement avec Dieu, qui a un corps humain. On voit aussi Moïse voir Dieu en face et lui parler comme à un ami. Mais ce Dieu de la Bible avec un corps humain, capable de parler, capable d’avoir des émotions, de se faire influencer, malgré ses caractéristiques essentiellement humaines, est incontestablement supérieur en terme de capacité, de connaissances et de bonté. Comment donc résoudre ce problème qui voudrait qu’un Homme supérieur à presque tous les niveaux, au point de faire ce que la Bible a appelé des miracles, pourrait-il être réel ? Ce Dieu mentionné ne vient évidemment pas de la Terre, il ne s’agit pas, d’après la Bible d’un être humain descendant d’Adam et Ève. Non, il s’agit bien d’un être humain ayant été le Créateur de la vie sur la Terre, et donc de l’Humanité. S’il ne vient pas de la Terre, mais qu’il s’agit d’un être humain, d’où alors peut-il bien venir ? De l’espace, nous n’avons pas d’autre possibilités raisonnables. Mais comment un être humain comme le Dieu décrit par la Bible pourrait-il venir de l’espace ? Où pourrait-il vivre ? Aucune autre réponse raisonnable et logique ne semble être possible que le fait de dire qu’il habite sur une autre planète. Il en serait de même aussi pour les anges de la Bible. Mais comment un être humain, habitant sur une autre planète, pourrait-il arriver sur la Terre ? Par un voyage interplanétaire évidemment. Comment ? Avec ce qu’on appelle un vaisseau spatial nécessairement. Pour ce faire, le Dieu décrit dans la Bible devait donc être doté d’une technologie très avancée, même plus avancée que la nôtre présentement.
  16. Arrête-toi là deux minutes s’il te plaît Larouche ! J’apprécie ton raisonnement, mais tu files vraiment à mille à l’heure, et j’ai besoin de t’arrêter pour reformuler ce que tu as dit, et être sûr de bien comprendre. Tu es en train de dire que le Dieu biblique est un être humain ?
  17. Oui.
  18. D’accord, je vais très certainement relire les passages de la Bible que tu as mentionnés, et même d’autres car cela ne me semble toute somme pas impossible. Soit, le Dieu biblique est un être humain. Mais tu affirmes que logiquement, il devait habiter sur une autre planète… Ça fait de lui un extra-terrestre si je ne me trompe pas ?
  19. C’est exact.
  20. Si on prend le sens étymologique d’extra-terrestre, donc qui habite à l’extérieur de la Terre. Cela semble nécessaire, car d’après la description biblique de Dieu, il ne vient pas de la Terre, c’est plutôt lui qui crée la vie sur la Terre.
  21. Bon, encore une fois, je suis très intrigué par ce que tu avances. C’est quelque chose que je n’ai jamais entendu auparavant, et qui de par le simple fait que cela paraît farfelu aux yeux de beaucoup, m’intéresse à aller chercher plus loin. C’est souvent dans les coins les plus ridiculisés que se cache la vérité.
  22. Je suis content de t’avoir présenté une si nouvelle idée Socrate, et je t’encourage surtout à lire le message du prophète Raël à ce sujet, tu en seras plus qu’éclairé. J’espère que cela te nourrira pendant longtemps.
  23. Je l’espère aussi. Mais avant de te laisser continuer, j’aimerai faire quelques commentaires qui me viennent à l’esprit concernant ton raisonnement. D’abord il s’agit du fait que tu parles du « Dieu biblique ». Cela suppose évidemment qu’il y a d’autres conceptions de Dieu, en dehors de la Bible. Tu ne vois donc pas le concept de Dieu comme une entité absolue mais comme un concept culturel ?
  24. Oui, tu as raison là-dessus Socrate. Par contre, je voudrais te préciser que cela ne veut pas dire que ma conception de Dieu n’est pas celle d’un être absolu et parfait. Cela veut simplement dire que les conceptions de Dieu sont des résultats culturels. Ceux qui affirment que Dieu est omniprésent sont incapables d’expliquer comment il se fait qu’il y ait autant de diversité dans les religions dites révélées. Tu sais très bien, que tout comme toi, j’abhorres les visions dogmatiques du monde. Et j’ai aussi beaucoup de difficulté à parler à des gens dont la pensée est ancrée dans des dogmes soi-disant irréfutables. Je ne perdrai donc pas mon temps avec toi à montrer la mentalité dogmatique et donc ridicule par nature de la plupart des Hommes qui se disent religieux. Je préfère avoir une discussion agréable et constructive avec toi Socrate.
  25. C’est également ma préférence. C’est justement pour éviter de tomber dans le dogme que je suis très curieux d’entendre ce que tu as à dire sur le concept de Dieu. Reviens donc s’il te plaît à ta présentation du Dieu biblique.
  26. Comme tu avais compris, il me semble, que d’après la Bible, il s’agit d’un être humain extra-terrestre, appartenant à une civilisation très avancée technologiquement par rapport à nous. Et à ce titre, les Mormons sont bien plus proches de ce qui semble être logique que beaucoup d’autres Chrétiens. Ils reconnaissent à ce niveau que le Dieu de la Bible a un corps, tout comme Jésus, et qu’ils habitent sur une autre planète. C’est quelque chose qui m’a rapidement sauté aux yeux, et qui m’a intéressé, mais je n’irai pas plus loin car notre objectif n’est pas de présenter en détails les croyances de l’Humanité, mais plutôt de voir la diversité des concepts de Dieu…
  27. Ce qui m’intéresse surtout, Larouche, c’est de connaître ta propre conception de Dieu.
  28. Avant de le faire, j’ai quand même dû m’assurer de te montrer que la théorie de la civilisation extra-terrestre venue créer la vie sur la Terre est aujourd’hui la plus raisonnable et crédible de toutes. Il suffit d’effectuer quelques recherches pour remarquer qu’à travers toutes les cultures, ce que les anciens appelaient des Dieux n’étaient rien d’autre que des membres de cette civilisation extra-terrestre. Et on voit bien aussi qu’ils avaient une conception beaucoup moins mystique que la nôtre dans un sens. D’un côté ils étaient incapables de comprendre les connaissances de ces dieux et ils qualifiaient donc ce qu’ils faisaient de miraculeux et d’inaccessible, mais de l’autre côté, ils reconnaissaient qu’ils avaient une forme, un visage. Aujourd’hui, la plupart des croyants diront que Dieu est invisible, immatériel, omniprésent et en même temps ils admettent que c’est le Dieu décrit dans la Bible du nom de Jéhovah. C’est évidemment ridicule car une lecture un peu intelligente de la Bible nous prouve que c’est faux et que Jéhovah est bien un être humain vivant avec un corps, des jambes, des bras, une tête. On a donc progressé au niveau technologique et scientifique, mais j’ai l’impression qu’il nous manque encore quelque chose au niveau spirituel et intellectuel qui nous permettra de grandir et devenir de vrais adultes. Encore une fois, je pense que chaque croyant, qu’il soit musulman, chrétien, juif, hindou, ou tout autre, doit admettre que ses croyances sont compatibles et même complémentaires à la théorie de la civilisation extra-terrestre. Un peu de bonne foi et de recherche et la chose est facilement découvrable. Quant aux athées, la recherche se fait de manière différente. Compte tenu qu’ils n’adhèrent à aucune croyance et qu’ils ne suivent aucun livre sacré, leur recherche doit être directement orientée vers la science, l’histoire ancienne, le bon sens, et du phénomène extra-terrestre ou ce qu’on appelle les ovnis. Pour cela, il faut sortir un peu de son égocentrisme et effectuer des recherches honnêtes sur ce sujet. Je pense que la capacité de réussir à comprendre ces choses ne dépend pas tellement de l’intelligence des individus mais plutôt de la bonne volonté. Je ne veux pas essayer de te convaincre Socrate, et je sais que tu seras en mesure de faire tes propres recherches de manière indépendante.
  29. Je t’en remercie Larouche, et c’est évidemment quelque chose que je ferai par moi-même. Mais j’aimerai quand même connaître le fond de ta pensée là-dessus. En admettant donc que le Dieu mentionné dans la Bible nommé Jéhovah est un être vivant issu d’une civilisation extra-terrestre technologiquement très avancée, cela implique nécessairement une lecture toute nouvelle de ce texte sacré, et j’aimerai en connaître ton interprétation.
  30. Oui, je vais satisfaire ta curiosité Socrate, mais pour ce faire, je vais d’abord devoir satisfaire ton premier souhait et te présenter ma nouvelle définition de Dieu.
  31. Très bien.
  32. Bon, tout comme les concepts de Dieu dans le passé sont un produit culturel, le nouveau concept de Dieu en est aussi un. C’est un produit culturel issu de nos avancés dans nos connaissances scientifiques et historiques. Nous sommes arrivés à un stade de notre développement en tant qu’espèce humaine qui nous permet, progressivement, d’arriver à une connaissance véritable et véridique de notre histoire commune. En même temps, l’ancien concept de Dieu qui se voulait être une entité invisible, omniprésente, omnipotente, mystérieuse et ainsi de suite tombe progressivement de notre réalité, même si certains essaient à tout prix de le maintenir en vie. Ce concept mystique et par définition incompréhensible est voué à la mort. En effet, nous vivons dans un monde où, de plus en plus, chaque individu voit que l’information lui est facilement accessible et la plupart du temps gratuitement, et cela le pousse à vouloir comprendre les choses par lui-même, sans passer par un prêtre ou une autorité externe. On évolue donc vers une conscience planétaire qui cherche à savoir et pas seulement croire. Le concept de Dieu ne peut donc plus se limiter à une croyance tirée de livres écrits il y a des milliers d’années. Ces concepts, très certainement inspirés par des humains plus évolués venus d’une autre planète, demeurent néanmoins aussi des produits culturels d’une Humanité primitive, immature et ignorante. Si nous voulons évoluer et dépasser notre passé, nous devons changer cette ancienne définition de Dieu pour une nouvelle définition dont la compréhension et l’accès ne sont pas limités à une élite qui la véhicule par des dogmes dont la remise en question est interdite. C’est dans cette optique que je veux te proposer une nouvelle définition de Dieu qui n’est pas dogmatique ni révélée, mais qui est intelligible par tous, moyennant un peu de raisonnement logique et de connaissances.
  33. Cela est très intéressant Larouche. Je pense aussi que comme tu mentionnais que la distribution de l’information s’effectuait maintenant de manière globale, ce dont Internet est largement responsable, nous allons arriver à un stade de notre évolution humaine où toute l’Humanité sera enfin reliée et à ce moment, nous pourrons arriver certainement à une conscience humaine mondiale. Nous verrons les mêmes choses au même moment en quelque sorte. De plus, l’information sur notre histoire sur la Terre sera dévoilée à tous, et nous prendrons conscience de nos racines communes. Je pense que ce phénomène est déjà en cours actuellement, mais il n’est évidemment pas encore complété car on sait que tout le monde n’a pas encore accès à l’Internet par exemple. Trop de gens ne savent encore ni lire ni écrire, et encore pire, trop de gens meurent encore de faim. Cette dernière étape de conscience humaine mondiale ne pourra jamais aboutir tant que les droits de chacun ne seront pas respectés. Cela me déchire le cœur de savoir qu’il existe encore des Humains sur Terre qui sont prêts à tuer des milliers de gens, ou à les rendre pauvres simplement pour s’enrichir. Et cette maladie mentale s’applique autant chez les plus riches que chez les plus pauvres : entre le milliardaire qui profite d’une crash économique pour s’enrichir encore plus et le vagabond qui tue son prochain pour lui soutirer 20$, la mentalité est la même. C’est cette mentalité de la violation des droits de notre prochain qui nous empêche maintenant d’arriver à vivre dans un monde où il fait réellement bon vivre. C’est un travail personnel, et nous avons tous une responsabilité à faire évoluer l’Humanité dans ce sens. Je m’excuse de te parler de ces choses là Larouche, je sais qu’il ne s’agissait pas du centre de notre discussion, mais je n’ai pu m’empêcher de penser à ces choses quand tu as parlé de conscience mondiale.
  34. Il n’y a pas de problème Socrate, je partage entièrement tes positions. Il me semble en effet que l’idée de reconnaissance d’un Dieu par l’Humanité ne pourra se faire que lorsque chacun de nous individuellement aura atteint un niveau de conscience similaire. Pour ce faire, nous devrons évidemment avoir tous atteint un certain niveau de survie, de connaissance, notamment en terme historique et culturel, de sorte que nous reconnaissons nos origines communes et notre unicité en tant qu’espèce. Pour le moment, je vais plutôt essayer de te présenter le principe de Dieu que je propose du mieux que je peux.
  35. Soit, je t’écoute…
  36. Je vais affirmer ce que je crois et ensuite je vais essayer de te le prouver, te le démontrer de manière constructive. Je pense donc que l’Humanité est un véritable organisme vivant géant. Je ne pense pas qu’il s’agisse de pensées entièrement nouvelles, seulement je pense qu’à mon humble connaissance, cette idée n’a pas été poussée suffisamment loin. Je ne prétends pas la pousser jusqu’au bout aujourd’hui, mais j’espère rendre son implication et son importance plus explicite à tes yeux et envisager quelques pistes d’investigation et de recherches. Je ne veux rendre rien de mystérieux, et je vais essayer du mieux que je peux de prouver ce que j’avance. J’affirme donc que l’Humanité est un organisme vivant. Qu’est-ce qui me fait dire cela ? Si on se tourne vers la définition classique de ce qu’est un organisme vivant, on voit qu’il a les caractéristiques suivantes : il réagit face à certaines situations, c’est-à-dire qu’il est doté d’un pouvoir d’action autonome contrairement à une roche par exemple, il se reproduit, il grandit et finalement il s’autorégule. Voyons donc si cette définition s’applique à l’Humanité. L’Humanité est en effet dotée d’un pouvoir d’action autonome, il s’agit d’une entité capable de réagir à différentes situations. Maintenant considérant le point de la reproduction, je pense qu’on peut aussi dire que l’Humanité en tant qu’entité se reproduit, c’est-à-dire que l’Humanité est capable de se séparer en « deux » et se développer dans deux régions différentes sans avoir d’interactions. Ensuite, en ce qui attrait à la capacité de grandir ou de croître, je pense qu’il est aussi évident de constater que l’Humanité est capable de se répandre sur la Terre, de former des villes, des nations et des civilisations. Finalement, concernant l’autorégulation de l’Humanité, je dirai que nous avons cette capacité, qui apparaît de manière individuelle évidemment, de se questionner et essayer sans cesse de mieux s’adapter à notre environnement. Que penses-tu donc de ces explications Socrate ?
  37. Elles me semblent tout à fait crédibles et même assez évidentes. Je suis d’accord sur ce point : nous pouvons considérer l’Humanité comme un organisme vivant géant.
  38. Je suis content de voir que tu as accepté mes explications que j’ai gardées le plus simple possible. Nous admettons donc que l’Humanité est un organisme biologique, et on pourrait même parler, comme Raël l’a exprimé, d’organisme macro-biologique. Je pense judicieux de commencer notre étude en regardant ce dont la vie de cet organisme dépend. Regardons donc l’Humanité dans son ensemble et dans ses interactions avec son milieu extérieur. Nous remarquons immédiatement que l’Humanité ne pourrait exister sans une planète adéquate, dans notre cas ce que nous nommons la Terre. L’Humanité a donc besoin d’une planète pour se développer. Maintenant, une fois sur cette planète, de quoi se nourrit-elle ? En d’autres mots, de quelles ressources avons-nous besoin pour survivre? Évidemment, nous avons besoin de nous nourrir et cela se fait par l’agriculture et l’élevage. Nous travaillons donc la terre pour en tirer des graines, des fruits, des légumes et toutes formes de végétaux. Ensuite, pour les animaux, nous les élevons pour en tirer la viande, la fourrure et d’autres produits. Nous pouvons donc dire que l’Humanité se nourrit de la matière organique de la Terre : des végétaux et des animaux. Mais cela n’est pas notre seule interaction avec les ressources terrestres. En effet, nous utilisons aussi le bois, le fer, le bronze, l’or. Le bois est de la matière organique, ce que nous avons déjà mentionné plus tôt. Mais le fer, le bronze, l’or et tous ces types de matériaux sont de la matière minéral, donc inorganique. J’allais oublier que nous utilisons aussi l’eau qui est aussi de la matière inorganique et également que nous respirons et que nous utilisons donc l’air qui se trouve dans l’atmosphère.
  39. Si je résume rapidement ce que tu as dit : l’Humanité, en tant qu’organisme macrobiologique, se nourrit des formes organiques et minérales que lui procure la Terre…
  40. Exactement. Dans ce sens, on peut considérer l’Humanité comme une espèce de parasite de la Terre, dans le sens où on vit à ses dépends. Mais la Terre est tellement gigantesque par rapport à nous que notre influence est négligeable dans sa survie à long terme. En d’autres termes, nous ne somme pas capable de détruire la Terre, et dans ce sens, nous ne sommes pas un virus mais simplement un parasite. La Terre ne retire rien du fait qu’on l’habite, mais on retire tout d’elle. Sans elle, nous n’existerions pas. Rappelons-nous aussi des sages paroles du grand chimiste Lavoisier qui affirmait que « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Dans ce sens, la masse de la Terre n’est pas influencée par notre activité humaine. Nous ne faisons en réalité que prendre la matière sous une forme naturelle, et la transformer pour l’adapter à nos besoins. Par exemple, dans la construction d’une maison, tous les atomes de cette maison ne peuvent provenir que de la Terre elle-même et de nulle part ailleurs : le bois venant des arbres, les briques venant des roches, le plastique venant du pétrole souterrain, le métal venant de grottes, et ainsi de suite. Ce que nous faisons donc en tant qu’espèce humaine est d’extraire, de transformer et de relocaliser la matière déjà existante. Dans ce sens la pollution n’est pas un absolu, mais est une fonction de la relation entre la nature chimique d’un produit, sa concentration et son emplacement. En effet, le pétrole est un produit naturel existant dans le sous-sol de la Terre. À cet endroit, ce n’est pas un polluant. Par contre, si des grandes quantités se retrouvent déversées dans la mer, alors là il devient polluant car il nuit aux organismes vivants. Il est en de même pour toutes les formes que prend la matière sur la Terre, il s’agit à la fois de quantité, de concentration et d’emplacement. Si nous pouvions développer une véritable science écologique, nous saurions enfin équilibrer nos désirs, nos besoins et les limites que la nature nous impose.
  41. Je suis très d’accord avec toi là-dessus, Larouche. Et c’est un problème majeur que beaucoup d’environnementalistes semblent oublier j’ai l’impression. Ils sont rapides à manifester, mais plus lent à raisonner. C’est bien de remarquer un problème, c’est encore mieux de le résoudre.
  42. Très bien dit Socrate. Et j’espère justement proposer une solution à ce problème millénaire qu’on appelle Dieu. Je vais donc continuer toujours en approchant l’espèce humaine comme un parasite macrobiologique. Mes connaissances biologiques sont assez limitées, alors je ne m’aventurerais pas dans des explications détaillées sur la nature de cet organisme qu’on appelle l’Humanité, mais je te proposerai des avenues de réflexion sous forme de comparaison simples entre des composantes de la société et des composantes biologiques d’un organisme. Par exemple, le système immunitaire pourrait être associé aux hôpitaux et aux ambulances ; les banques et le système financier et monétaire pourraient correspondre au système énergétique comme notre système cardiovasculaire ; l’Internet, la télévision et la radio pourraient correspondre au système nerveux de l’Humanité, et ainsi de suite. Comme l’enseigne Raël, une toute nouvelle science pourrait ainsi voir le jour si des biologistes et des politiciens se mettaient ensemble pour créer ce qu’on nommerait la macrobiologie. Si nous étions capables de développer cette science de manière certaine comme nous avons développé l’astronomie, alors nous serions en mesure de transformer la politique en une science à part entière qui se voudrait le régulateur de tout cet organisme qu’on nomme l’Humanité. Peut-être qu’une fois ce jour venu, nous verrions finalement la fin des guerres et le début d’une ère de justice et d’égalité pour tous.
  43. J’en suis certain. Comme toute nouvelle idée légitime, elle prendra certainement du temps à se concrétiser, mais une chose est sûre : elle en vaut la peine. Mais cela n’est pas vraiment le sujet de notre discussion, Larouche, reviens plutôt s’il-te-plaît avec ta notion de Dieu qui m’intrigue depuis le début…
  44. Très bien Socrate, j’y reviens. En tant que macro-organisme, l’Humanité se compose de certains éléments essentiels qui, de par leurs interactions, assurent sa survie et son développement. Es-tu d’accord là-dessus ?
  45. Oui. Si je comprends bien ce que tu veux dire, c’est comme pour le corps humain, il a besoin d’un système nerveux, un système cardiovasculaire, un système squelettique, et un certain autre nombre défini d’éléments pour pouvoir exister. Sans un de ces éléments, le corps humain ne peut pas vivre. Et l’interaction entre les différents systèmes ou éléments du corps assurent sa vie et son bien-être. C’est ça ?
  46. C’est exactement ça. Maintenant, si nous nous servons de ton excellente comparaison avec le corps humain, serais-tu d’accord avec moi pour dire que ce ne sont ni les pieds ni les mains qui le commandent, mais bien un autre élément ?
  47. Oui, je suis d’accord avec toi là-dessus.
  48. Il est en donc de même pour l’Humanité ?
  49. J’imagine, mais je n’en suis pas certain…
  50. En tant qu’organisme biologique, nous avons convenu que l’Humanité se composait d’éléments biologiques qui à travers des activités à la fois uniques et complémentaires interagissaient pour assurer la survie et le bien-être du tout, c’est-à-dire de l’Humanité elle-même. Mais comme tout organisme biologique, il lui faut également un centre de commande, un élément supérieur aux autres dont la majorité des autres dépendent. Dans le corps humain, on pourrait dire que cet élément est la conscience et certains affirment qu’elle logerait dans la glande pinéale du cerveau. Son emplacement exact n’est pas nécessaire dans notre discussion, mais nous devons simplement reconnaître que la même chose est valide pour toute l’espèce humaine : il existe un élément supérieur de cet organisme qui prend les décisions et régit les activités du tout. Tout comme cet élément supérieur dans le corps humain a une manifestation physique réelle, il en est de même pour l’espèce humaine. Cette manifestation physique réelle doit se faire par des individus car l’entité la plus élémentaire de l’Humanité est l’individu. Ainsi, on doit admettre que l’élément biologique correspondant au centre de décision de l’Humanité est un individu ou un groupe d’individus agissant comme une entité unique et unifiée au sein de ce macro-organisme. Cet individu ou ce groupe d’individus est en réalité la conscience de l’Humanité et ce qu’on a appelé « Dieu ». On peut vite comprendre pourquoi le concept de Dieu a en quelque sorte toujours existé dans notre histoire mondiale. Ce concept, dans le sens que j’ai expliqué, fait partie de notre identité individuelle et collective d’Humain.
  51. Attends, juste pour être sûr de comprendre ce que tu avances…tu es en train d’affirmer que Dieu est l’individu ou le groupe d’individu ayant le plus haut degré de responsabilité dans la hiérarchie des éléments biologiques du macro-organisme Humanité ?
  52. Oui. Il s’agit en fait de l’élément de cet organisme duquel dépend le plus tous les autres éléments. C’est lui qui prend les décisions, qui fait les choix qui affectent toute l’Humanité. Tout comme dans le corps humain, sans l’élément biologique où loge la conscience, le corps cesse de fonctionner, il est en de même au niveau macrobiologique pour toute l’Humanité : sans l’individu ou le groupe d’individu composant l’élément décisionnel qu’on a appelé Dieu, toute l’Humanité cesse de fonctionner comme un tout. Mais cela me fait penser à la chose suivante : j’ai l’impression que le parasite qu’est l’Humanité est capable, si cet élément est détruit, de former par elle-même d’autres centres de décision. J’ai l’impression aussi que c’est comme cela que nous fonctionnons actuellement et que nous avons fonctionné depuis au moins 6000 ans. C’est comme si l’Humanité avait plusieurs centre de décisions différents, donc plusieurs dieux pour différentes régions du globe, chaque groupe étant autosuffisant et ayant tous les éléments macrobiologiques de l’Humanité. C’est ce qu’on a pu constater dans le développement des grandes civilisations je pense. Mais maintenant, nous approchons une étape où nous commençons à nous unifier et les frontières qui nous séparaient sont en train de tomber une par une. Nous voilà face à un paradoxe que nous devons résoudre : d’une part le fait qu’il existe plusieurs centres décisionnels au sein de l’Humanité, et de l’autre le fait que les autres éléments macrobiologiques sont en train de s’unifier et former un tout cohérent. Je pense plus particulièrement à l’Internet, mais aussi au commerce et aux transactions financières. Je pense que naturellement, l’Humanité est poussée à s’unifier dans un macro-organisme uni et cohérent, et l’existence de plusieurs centres de décision représenterait une barrière à cet objectif. Je pense donc que nous en sommes là et que la question qui se pose à chacun de nous est la suivante : comment allons-nous nous unifier ? comment allons-nous assurer l’unification de l’Humanité dans un seul macro-organisme avec un seul centre décisionnel ? Nous savons qu’il s’agit d’une conséquence inévitable de notre développement scientifique et technologique. Il en revient à nous de décider la manière dont nous allons y arriver. Il semblerait que certains aient décider d’y arriver par la force, la violence et la guerre : c’est ce que certains appellent le Nouvel Ordre Mondial et la conspiration des Illuminati. Mais c’est là que nous devons, peu importe notre position dans ce grand organisme qu’est l’Humanité, exprimer notre volonté. Je pense que tout comme les maladies psychosomatiques existent chez l’humain au niveau individuel, il est en de même au niveau macrobiologique pour toute l’Humanité. Nous devons donc exprimer de manière forte et sans ambiguïté notre désaccord à toute politique de violence de la part des preneurs de décision dans chacune de nos sociétés, et nous devons exprimer notre volonté et détermination profonde d’arriver à une unification de l’Humanité par des moyens pacifiques et rationnels.
  53. Ça me fait penser à ce que Gandhi a accomplit en Inde…
  54. Très certainement. Tu vois juste Socrate. Il s’agit en fait de conscientiser l’élément décisionnel de nos sociétés et de lui faire ressentir une douleur pour qu’il porte une attention à ce problème, qu’il réalise qu’il s’agisse d’un problème qu’on qualifierait de psychosomatique, et qu’il change d’attitude et de mentalité en conséquence, sous peine de perdre son statut de preneur de décision, ou de Dieu comme je l’ai nommé plus tôt. Cela suppose évidemment de la part de chacun d’entre nous d’être conscients de qui sont les réels preneurs de décision. Parce que j’ai remarqué qu’on a souvent tendance à penser que celui qui a le pouvoir est celui qu’on voit à la télévision, et on oublie que celui qui tient la caméra en a certainement autant, et l’employeur de ce dernier en a sûrement encore plus. De la même manière, on pense que celui qui est riche est celui qui a des millions ou des milliards dans un compte bancaire, alors qu’on oublie que celui à qui appartient la banque l’est certainement bien plus. Pour trouver le pouvoir, nous devons donc chercher à démasquer les individus qui contrôlent et à qui appartiennent les différents éléments macrobiologiques de chaque société. C’est-à-dire à qui appartient le système nerveux, ou les médias, à qui appartient le système bancaire, le système politique et ainsi de suite. C’est en identifiant ces individus et en suivant leurs actions qu’on sera en mesure de les garder dans la voie de l’amour et de la justice. Et quand on sait par qui sont contrôlés les médias de notre société, on peut mieux comprendre les motifs derrière la diabolisation d’un individu ou d’un groupe d’individus, et être en mesure de discerner s’il s’agit d’accusations légitimes ou insignifiantes.
  55. C’est exactement ce qu’on a vu aux États-unis avec l’invasion de l’Iraq. Les pouvoirs politiques, médiatiques et financiers se sont alignés pour justifier l’invasion illégitime de tout un pays.
  56. En effet. Et je m’inquiète tous les jours un peu plus de l’avenir de mon pays. Une période dramatique s’annonce à l’horizon, et personne ne semble pouvoir l’arrêter.
  57. Que veux-tu dire par là ?
  58. Je veux parler de la possibilité de l’instauration d’une dictature à part entière. Tu sais comme moi que des injustices flagrantes ont eu lieu aux Etats-Unis depuis des décennies, et les assassinats de John F. Kennedy, son frère Robert Kennedy, de Martin Luther King et de Malcolm X pour n’en nommer que les plus connus sont des exemples concrets de corruption au plus haut niveau de la société américaine. Mais nous semblons rentrer dans une phase qu’on pourrait appeler terminale, où la possibilité de l’apparition d’un régime ouvertement fasciste est une réalité sérieuse. Mais bon, tu n’es pas là pour m’entendre parler des Etats-Unis Socrate ni pour me vider le cœur. Ça sera pour une autre fois…
  59. Tu as raison. Mais avant de se laisser Larouche, j’aimerai que tu répondes à une question qui m’est venue en t’écoutant parler.
  60. Très certainement. Je t’écoute.
  61. Quand les Juifs, Chrétiens et Musulmans disent qu’ils croient en Dieu…de quel Dieu parlent-ils ?
  62. Très bonne question Socrate, je suis vraiment content que tu la poses. Je me suis demandé la même chose récemment figure-toi, et je suis arrivé à deux réponses différentes mais qui me semblent compatibles. Comme Raël l’explique, nos Créateurs sont les Élohim, cette civilisation venue d’une autre planète créer la vie sur la Terre et l’Homme en leur image. La Torah, le Nouveau Testament, le Coran et le Livre Mormon sont tous des livres qui parlent de Dieu. Maintenant, à savoir de quel dieu ils parlent, je pense que d’une part ils parlent de Yahvé, le chef qui est la véritable conscience de cette civilisation et d’autre part ils parlent du principe macrobiologique qui régit le développement et la vie de l’Humanité. Je pense que reconnaître Yahvé comme étant leur Dieu signifie qu’ils acceptent de l’avoir comme leur conscience, comme leur preneur de décisions ultime. C’est comme si au lieu d’avoir un être humain de la Terre comme conscience et preneur de décision d’une société, les Juifs, Chrétiens et Musulmans avaient décider de déléguer cette responsabilité à Yahvé et à nos Créateurs, par l’intermédiaire de prêtres et prophètes. C’est un geste d’amour, de reconnaissance et de confiance sublime de notre part comme de la leur je pense, surtout considérant notre état primitif de l’époque.
  63. Ok. Cela me paraît tout à fait plausible, surtout que nous étions comme des enfants en terme de maturité et de connaissances scientifiques, il était certainement préférable de nous faire guider, mais toujours avec notre accord évidemment.
  64. Exactement. C’est une chose merveilleuse de voir à quel point Yahvé et les Élohim respectent notre libre-arbitre. Mais soit, voilà ma première manière de comprendre ce que ces religions entendent par Dieu. L’autre est reliée à la première et est en quelque sorte le principe universel supérieur duquel Yahvé est la meilleure personnification. Je m’explique : Dieu pourrait représenter également le principe universel auquel l’Humanité en tant qu’organisme macrobiologique obéit. Et comme notre conscience est dotée d’un libre-arbitre mais aussi d’une capacité de raison scientifique, nous avons à la fois la capacité de découvrir le principe scientifique qui régit notre survie et notre bonheur et aussi la capacité de choisir de l’appliquer ou non. Par exemple, nous avons la capacité de découvrir scientifiquement ce qui est bon à manger, et nous avons également la capacité d’agir en fonction de cette connaissance ou de l’ignorer. Il est en de même à plus grande échelle. Yahvé peut donc personnifier ce principe humain macrobiologique dans le sens où il en est le garant. Cela pourrait expliquer la croyance en un dieu omniprésent. Il est omniprésent dans le sens où il s’agit d’un principe universel présent dès que deux êtres humains sont en interaction. J’ai même l’impression que les Égyptiens avaient déjà ce concept à travers Amun ou Maat. Je ne connais pas suffisamment la religion égyptienne pour me prononcer avec assurance. Mais une autre chose est frappante en Égypte ancienne est cette personnification de principes universels. Il y avait cette même confusion entre le principe et celui qui le véhicule. C’est un peu comme si on disait que la cause de l’électricité est Benjamin Franklin parce qu’il en est le découvreur, et qu’on personnifie le principe de l’électricité en lui. Ou encore, de voir Denis Papin comme le principe régissant le fonctionnement de la machine à vapeur. C’est un amalgame que nous avons tendance à faire par facilité ou par manque de connaissance, mais espérons que maintenant que nous sommes capables de nous éduquer de manière indépendante, nous serons en mesure de ne plus le faire.
  65. Mais attends un peu Larouche, pourquoi s’arrêter là : on pourrait aller encore plus loin et dire que Dieu est le principe universel ultime qui régit tout l’Univers !
  66. Tu vois très juste Socrate, et sûrement que cela est la définition la plus générale à donner. Je dirai, pour être encore plus précis, que la recherche de Dieu est la recherche de l’unité dans la diversité. C’est la recherche de la plus grande chose commune à un ensemble de choses observées et connues. Il s’agit donc de la création d’un concept qui se veut le dénominateur commun et élémentaire à un ensemble de connaissances voire aussi de croyances. Je pense en effet que croire à quelque chose implique nécessairement, de manière implicite ou explicite, l’existence d’une chose qui a une raison d’être. Mais nos connaissances et nos croyances étant toujours limitées et en évolution constante, notre conception de Dieu évolue également. La recherche de Dieu est donc la recherche continue d’unité commune et élémentaire aux existences que l’on reconnaît en soi. On voit donc que chaque individu crée continuellement sa propre conception de Dieu. En effet, nous n’avons entre nous jamais le même niveau de croyances et de connaissances et donc nous ne reconnaissons jamais les mêmes existences en nous. Cette disparité entraîne nécessairement une différence dans nos solutions d’entités communes et élémentaires. De manière individuelle, nous aurons donc toujours des niveaux de compréhension des choses qui seront différentes, et je doute de notre capacité à vraiment devenir tous pareils dans un futur raisonnablement envisageable. Je pense que c’est ce vers quoi nous tendons, pas par le conformisme, mais plutôt par la même définition de Dieu à travers des expressions diverses. Je me demande même si Dieu ne pourrait justement pas être défini comme ce principe de recherche active d’unité dans la diversité. Mais cela pourrait être, encore une fois, une création personnelle du concept de Dieu, ou il s’agirait tout du moins de mon niveau de compréhension, par rapport à mes croyances et connaissances, de ce concept.
  67. Mes connaissances sont également limitées, mais cela me semble tout à fait possible et cohérent. Je serai d’accord avec toi pour définir Dieu comme ce principe d’unité dans la diversité. En effet, j’ai l’impression que ce principe est sous-jacent et nécessaire à tout l’Univers de sorte qu’il reste lui-même tout en changeant…
  68. Je pense que ces dernières paroles sont adéquates pour clore notre discussion Socrate. Ce fût un véritable plaisir et j’ai déjà hâte à notre prochaine rencontre. À bientôt !
  69. Merci à toi Larouche…à bientôt !
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01
Juin
08

Larouche et Charon: Sur l’Histoire

Une rencontre entre Larouche, un économiste et Charon un astrophysicien au sujet de l’Histoire.

1. Salut Charon! Comment vas-tu?
2. Très bien, merci Larouche. Et toi, comment vas-tu?
3. Oh, moi ça va tu sais, mais c’est plutôt pour mes confrères américains que je m’en fais. Plus on se rapproche des élections, et plus je vois de gens haut-placé se faire discrets, de peur de perdre les petits avantages qu’ils ont acquis à travers les années. Ça m’attriste de voir autant de gens importants se comporter littéralement comme des enfants, ne pensant qu’à eux, et étant incapables d’une part de voir la réalité en face, et d’autre part de se soucier honnêtement du bien-être des autres. Mais bon, j’espère seulement qu’Hillary tiendra le coup jusqu’au bout. Ça ne sera pas facile pour elle, d’une part parce que je pense que sa vision du monde n’est pas la plus solide que je connaisse et d’autre part parce que comme je te le disais, avec le temps, j’ai peur qu’il y ait de moins en moins de personnes assez intelligentes et courageuses autour d’elle pour l’aider. Mais bon, pour le moment elle tient le coup, je continue à l’encourager, et je continue de tout faire pour empêcher ce criminel Bloomberg d’arriver au pouvoir. Et de ton côté, comment ça se passe?
4. Je suis content de voir que tu n’as rien perdu de ta combativité. Tu dois vivre dans la société où la situation culturelle est la plus difficile. De mon côté, tu sais, depuis ma découverte, j’ai été très occupé à expliquer des phénomènes jusqu’à là mystérieux voire inconnus. J’en suis plutôt satisfait. J’essais aussi d’accorder un peu de temps aux jeunes curieux qui commencent à s’intéresser à ce que j’ai fait. Mais encore là, tu sais, je pense qu’on a au moins ça en commun : nos découvertes sont tellement révolutionnaires qu’une petite minorité s’y intéresse, et une encore plus petite minorité de cette minorité les comprend vraiment. Avec un peu de recul, j’ai remarqué que l’acte de découverte doit être aussi dur que l’acte de faire revivre la découverte chez un autre!! Tout est expliqué, tout est là, mais qu’est-ce qui piquera la curiosité de certains pour chercher à comprendre?
5. Haha! Voilà toute la question Charon… C’est tout un sujet de discussion que nous devrions certainement avoir un de ces jours. Mais pour aujourd’hui, je voulais parler avec toi d’un sujet particulier, qui, grâce à ta découverte, me permettra de mieux le comprendre.
6. Je t’écoute…
7. Il s’agit de l’histoire. Je me pose dernièrement plusieurs questions, notamment : qu’est-ce que l’histoire? Et, pourquoi étudier l’histoire? C’est un sujet dont on ne peut se soustraire quand on cherche à connaître le monde qui nous entoure, et se connaître nous-mêmes. C’est un sujet dont on ne semble pas pouvoir se passer en tant qu’espèce humaine, et j’ai l’impression que beaucoup abordent ce sujet de manière évidente, sans n’avoir jamais pris le temps de comprendre son sens et son importance. Alors, j’espérais, aujourd’hui avec toi chercher à définir ce sujet plus rigoureusement, et comprendre son importance.
8. Je t’avoue, Larouche, que je ne me suis jamais vraiment posé ces questions très fondamentales, mais c’est un sujet qui m’a toujours intéressé. J’aime depuis longtemps lire des écrits historiques, en particulier ceux traitant de grands scientifiques, ça me permet de mieux les comprendre, de mieux comprendre leur démarche, et par la suite, de mieux situer ma pensée par rapport à eux. Mais je ne viens que de te donner ma propre appréciation de l’histoire, et ce n’était pas vraiment ta question…
9. Tu as raison, ce n’était pas ma question, mais je dois te dire que je suis aussi intéressé par ton point de vue personnel. Je pense qu’on est d’accord sur le fait que cela nous permet de mieux nous connaître, et mieux connaître le monde qui nous entoure. J’aimerai justement comprendre, avec toi, de quelle manière cette élévation de connaissance s’effectue. Mais avant, j’aimerai que nous commencions par répondre à la simple question : qu’est-ce que l’histoire? En se faisant, nous élaborerons un raisonnement rigoureux fondé sur une base commune, ce qui évitera les contradictions.
10. Très bien. Alors, comment définirai-je l’histoire? Je dirai, rapidement, que c’est l’étude d’évènements passés. C’est plutôt basique comme définition, mais je suis sûr que tu seras en mesure de l’améliorer.
11. En effet, c’est assez simple comme définition, quoiqu’elle ne soit pas fausse. Ce que je peux constater d’emblé c’est que le concept d’histoire est relié au concept fondamental de temps, n’est-ce pas?
12. Effectivement. Je dirai même, plus particulièrement, au passé.
13. C’est vrai. L’histoire s’occupe donc d’aller découvrir les évènements du passé. Mais si on veut en faire une véritable science, nous devrions trouver une méthode de recherche d’évènements passés, car étudier l’histoire cela ne signifie pas simplement connaître tous les évènements du passé dans ses moindres détails, mais plutôt le principe sous-jacent qui guide ces évènements.
14. Tu as bien raison là-dessus, continue je t’en prie…

L’astronomie est à l’espace ce que l’histoire est au temps

15. D’accord. Il me semble qu’on pourrait approcher les moments du passé un peu à la même manière dont nous étudions les positions des planètes par exemple. Une étude se fait dans l’espace, et l’autre dans le temps. Mais il me semble que dans les deux cas, c’est toujours notre esprit qui réfléchit, et par conséquent, je pense qu’il y aurait une méthode commune. Dans le cas de l’étude du mouvement des planètes, il faut, à travers l’étude d’une planète en particulier, extrapoler les lois générales qui régissent le mouvement de toutes les planètes. C’est en quelque sorte ce que Kepler a fait en étudiant plus particulièrement la planète Mars, ce qui lui a permis de découvrir que la vitesse d’une planète n’est pas constante tout au long de son orbite, mais elle diminue plus elle est loin du Soleil. Seulement l’effort relativement au temps est constant. C’est ce qu’on a appelé par la suite le principe de gravité. Mais maintenant, comment faire le parallèle avec des moments passés? Car si les astres sont accessibles à nos sens car ils font partie de l’espace, les moments du temps sont, eux, déjà passés et ne sont présents que dans notre mémoire. La planète suit dans le ciel, à première vue, une direction complexe mais organisée. Une chose est sûre : elle existe et elle se déplace. On sait qu’elle se déplace de manière « intelligente » et non chaotique intuitivement, et c’est cette sensation profonde qui peut créer un « malaise » suffisant chez un scientifique pour chercher à définir rigoureusement son orbite. Un astronome comme Tycho Brahe n’avait été en mesure que de donner les changements de position des astres, sans jamais arriver à toucher les lois qui guident leur mouvement. C’est bien Kepler qui en a été capable, et pour cela nous devons lui en être plus que reconnaissant. Qui sait où nous en serions aujourd’hui, sans cette découverte fondamentale… Mais voilà Kepler qui réussit à découvrir le principe universel qui guide le mouvement des planètes. Comment s’inspirer de sa découverte et surtout de sa méthodologie pour l’appliquer au temps, aux évènements historiques?
16. Larouche, je dois t’avouer que je ne suis pas trop sûr si cela est même possible, mais je te conseillerai peut-être de simplement raffiner ta comparaison entre les différentes positions d’une planète et les différents évènements de l’histoire.
17. D’accord, je vais suivre ton conseil, car il me semble sage et pertinent. Alors, si on observe une planète, on remarque qu’elle est en mouvement. La seule chose qui change est donc sa position. Mais si on pensait qu’elle bougeait autour de la Terre comme certains scientifiques persistaient à le dire, alors on risque de penser que le mouvement des planètes est simplement chaotique. Il faut tenir en compte le fait que sa trajectoire est relative au point d’observation, dans notre cas, la Terre. Il faut donc chercher en quelque sorte par rapport à quelle entité la planète se déplace. C’est-à-dire qu’en s’imaginant que la planète est dotée d’une forme d’intelligence, par rapport à quoi, ou à qui définit-elle sa position? Quand nous découvrons qu’il s’agit du Soleil, on peut dire en quelque sorte que c’est lui qui est la cause de son mouvement, et donc de sa trajectoire. Maintenant, comment appliquer cette approche à l’histoire? Si on étudie l’histoire d’un peuple, alors comment d’abord définir le point de référence? Car comme dans l’espace, tout est constamment en mouvement, pour pouvoir arriver à une compréhension de ces mouvements, il faut un point de référence, il en est de même dans le temps, où les évènements sont en constante évolution, et leur étude nécessite donc aussi un point de référence, ou plus correctement, un moment de référence.
18. Mais Larouche, si on reprend l’exemple de l’étude du mouvement de Mars…
19. Oui…
20. Eh bien, il y a d’une part notre position sur la Terre qui nous semble constante et immobile, puis il y a la position du Soleil qui nous semble mobile mais régulière et il y a finalement la position de Mars qui nous semble à la fois mobile, régulière mais chaotique, ou du moins complexe. Pour arriver à mieux comprendre Mars nous devons nous mettre à la place du Soleil. Et la méthode est donc peut-être la suivante : si notre position ne nous permet pas d’observer de régularité de mouvement d’un objet, nous devrions changer de point de référence et choisir un point qui, par rapport à notre position actuelle, nous paraît régulier. Quand nous étudions l’histoire, nous avons en quelque sorte la subjectivité du moment présent, tout comme les astronomes ont la subjectivité de leur position sur la Terre à tenir en compte dans leurs études. C’est de ce moment présent que nous regardons le passé, mais je pense qu’il est important de reconnaître que c’est un moment subjectif, et que tout comme dans l’étude du mouvement de Mars, notre position sur la Terre ne devrait pas être le référent, nous devrions reconnaître que le moment présent ne devrait pas nous servir de référent pour étudier le passé. Qu’est-ce que tu en penses?
21. Je pense que tu vois très juste Charon. La comparaison est excellente. Maintenant essayons de la prolonger autant que cela est possible. Si on se fie à nos trois positions en astronomie, c’est-à-dire celle sur Terre, du Soleil, et de Mars, et que nous établissons le parallèle, dans le temps, entre notre position sur la Terre et le moment présent, nous devrions maintenant chercher à quoi correspond, dans le temps, la position du Soleil et de Mars. Mars pourrait être Jupiter, ou Saturne, peu importe, mais elle représente, pour nous l’objet étudié. Nous devrions donc déterminer l’objet historique étudié. Il pourrait s’agir de l’étude de l’histoire d’un peuple en particulier. Il me semble en vérité que l’histoire de l’humanité s’effectue en terme de peuple, et pas en terme de nations. Car une nation n’est rien sans un peuple, elle n’a pas d’histoire, pas d’identité. Le peuple, lui, représente le véritable phénomène historique qui agit. Nous pouvons donc définir notre planète Mars comme étant le peuple X. Nous devrions maintenant trouver ce que représente notre Soleil. Si on s’aidait de nos connaissances en astronomie pour approfondir la relation entre la Terre, le Soleil et Mars?
22. Très bien, je t’écoute…
23. Il faut évidemment toujours commencer par le fait que notre perception de l’espace s’effectue à partir de notre position sur Terre. On disait que le Soleil tournait autour de la Terre parce que de notre perception c’est ce qui se passait. La phrase était certainement vraie à condition qu’on précise : « mes sens observent la rotation du Soleil autour de moi. » Mais cette illusion sensorielle ne devait être que descriptive et non causale pour rester vraie : en effet, la cause du mouvement du Soleil n’est pas la Terre. Le Soleil ne dépend pas de la Terre pour exister, bien au contraire! Le problème scientifique d’il y a plusieurs siècles en Europe était bien une confusion entre ce que nos sens envoient comme information à notre esprit, et ce que notre esprit interprète. Si l’esprit s’était contenté de simplement dire ce que ses sens lui disaient, alors personne n’aurait eu l’audace de dire que c’est la Terre qui fait bouger le Soleil! On a appelé cela le géocentrisme, mais voilà qu’on pourrait appeler cette manière de voir le monde le icicentrisme, c’est-à-dire le fait de penser que le point de référence spatial universel est là où on se trouve, et que tous les phénomènes spatiaux ont leur cause dans la position que nous occupons. Voilà qu’après plusieurs siècles, l’humanité a généralement réussit à se défaire de cette manière de voir le monde, quoique la culture occidentale actuelle semble être retombée progressivement dans l’individualisme et l’égoïsme. Maintenant, pour continuer dans les parallèles entre espace et temps, comment apprendre de notre erreur d’icicentrisme et empêcher de faire la même avec notre perception du temps et l’histoire. L’équivalent temporel du concept d’ici est le concept de maintenant. Il s’agirait donc de s’empêcher de tomber dans notre méthodologie historique dans le maintenant-centrisme. Cela consisterait à étudier les phénomènes historiques en utilisant comme moment de référence exclusif le moment présent, et à trouver dans chaque phénomène passé une cause première dans le moment présent, c’est-à-dire de croire que les évènements du passé sont tous influencés par notre moment présent. Pour éviter de tomber dans ce piège, cela implique un changement de référent temporel comme nous avons changé le référent spatial de la Terre au Soleil. Il s’agit donc, avant d’étudier un peuple en question, de découvrir et comprendre le moment central et élémentaire de l’histoire de tous les peuples. Je pense que ce moment est en fait le début de l’humanité. En effet, il s’agit du moment central duquel découle l’histoire de tous les peuples de la Terre. Nous devons donc, comme Kepler l’avait fait avec le Soleil, comprendre d’abord la naissance de l’humanité pour ensuite utiliser ce référent historique pour étudier la naissance d’un peuple de manière constructive et séquentielle.

Le principe historique

24. Je dois t’avouer que je suis très impressionné par ton analyse. Il me semble que tu as donné la définition la plus universelle à l’histoire que j’ai entendue. Je vais essayer maintenant d’ajouter mes propres réflexions, et je te prie de me corriger si je suis dans l’erreur.
25. Certainement, Charon.
26. Bon. L’idée principale était de définir l’histoire. Nous avions remarqué rapidement qu’il s’agissait en quelque sorte d’un voyage dans le temps. Je pense que chaque moment de l’Univers est le produit des moments passés, du moins en partie. Je vais me permettre aussi de rajouter un petit détail, que tu accepteras volontiers, il me semble. Il s’agit de préciser que la cause du moment présent ne se trouve réparti ni également ni de manière proportionnelle ou géométrique dans chaque moment passé. Je dirai même que la cause du moment présent trouve son origine dans un principe universel, et je dirai que ce principe universel se trouve à la « naissance » de l’Univers. Cela paraît peut-être étrange à dire, mais il me semble que c’est correct, et qu’en fait chaque nouveau moment de l’Univers répond directement au premier des moments de l’Univers, Sa Création, puisque c’est dans ce moment que recèlent tous les principes qui le régissent. Cela dit, je continuerai même en disant que l’objectif ultime de l’histoire est d’arriver au premier moment de l’Univers, et donc de découvrir les principes qui en régissent le comportement. C’est étrange car notre capacité à saisir cet instant universel premier ne dépend aucunement de notre distance temporelle avec lui. Cet instant premier est accessible à tous moments car, comme je l’ai dit, chaque moment qui le suit lui répond directement. En observant la succession des moments de l’Univers, on observe en quelque sorte Sa renaissance constante.
27. Étudier des évènements historiques particuliers n’est en fait qu’un prétexte, ou un moyen de découvrir les principes universels qui régissent notre Univers?
28. Je crois que c’est juste. Et c’est pour cela je crois que les vrais anthropologues ne se limitent jamais à l’étude d’un peuple, mais ils sont fascinés par les similitudes entre tous les peuples qu’ils étudient. Ils entrevoient, dans ces similitudes, de manière implicite ou inconsciente, les principes qui régissent notre Univers.
29. Je pense que tes précisions sont plus que pertinentes Charon et je t’en remercie. Je pense que nous nous approchons de notre objectif peu à peu, et j’en suis très heureux. Je pense que notre définition générale de l’histoire est assez claire. Le principe que je retiendrai est le suivant : chaque moment répond au premier moment de la création du phénomène dont il fait partie, et l’intention de cette création reste également présente dans chacun des instants ultérieurs.
30. Oui, voilà le principe historique que nous cherchions il me semble. Ce qui est merveilleux c’est aussi de constater que plus le temps avance, plus nous nous enrichissons d’évènements desquels puiser pour améliorer notre compréhension de l’Univers. Voilà très certainement pourquoi les personnes plus vieilles peuvent être plus sages.

L’Histoire de l’Homme

31. Soit, nous sommes d’accord sur ce principe qui régit ce qu’on pourrait appeler « l’histoire de l’Univers ». J’aimerai maintenant qu’on se penche plus particulièrement sur l’histoire de l’Homme, ou alors l’histoire des créatures intelligentes de l’Univers, ce qui me semblerait similaire. Je ne vois pas l’intérêt de nous pencher sur l’histoire des animaux car ils n’ont pas cette faculté de réflexion universelle. Mais l’Homme, comme toute autre créature intelligente de l’Univers, a en lui cette faculté. Avant de rentrer dans notre raisonnement, j’aimerai que tu me rappelles rapidement ta découverte sur l’esprit et l’électron, pour être sûr que je l’ai compris, et que nous soyons ensuite en mesure de l’utiliser dans notre recherche.
32. Volontiers. Ce que j’ai découvert se résume plutôt facilement. En fait, ce que nous appelons esprit et ce que nous appelons électron n’est qu’une seule et même chose. Notre esprit est la chose qui nous permet de réfléchir, d’imaginer, d’aimer, d’agir, et l’électron démontre le même comportement. Je ne te donnerai pas les détails scientifiques de ma découverte, car cela serait long et laborieux, et nous retarderait dans notre investigation. Pour te donner au moins les conséquences majeures de ma découverte, je te dirai d’une part que notre corps est habité par une multitude d’électrons, donc d’esprits. Je préciserai que chaque esprit, de par le fait que c’est un électron, existe depuis la « création » de l’Univers. Et parce que c’est un esprit, il a en mémoire, tous les évènements passés de l’Univers. Nous avons donc en nous, toute l’histoire de l’Univers. D’autre part, je te préciserai que ce qu’on appelle notre âme est en réalité notre ADN. Notre ADN est évidemment composé de molécules, donc d’atomes, donc d’électrons, et donc finalement d’esprits. Quand les gamètes sexuelles sont créées par nos parents, non seulement le code génétique est dupliqué, mais aussi la mémoire des esprits qui le composent. Notre ADN comporte ainsi, dans les esprits qui la composent, la mémoire de la vie de nos parents jusqu’au moment de notre conception, la mémoire de nos grands-parents de la même manière, et ainsi de suite, jusqu’au premier être humain! Maintenant, l’esprit est dans toutes choses matérielles, mais il se manifeste de différentes manières. Par exemple, la roche est dotée d’esprits, la rose et le cheval aussi, mais aucune de ces entités n’est capable d’exploiter les pouvoirs de l’esprit comme notre ADN est capable. À ce niveau là, notre ADN est vraiment très particulière. Je pense que je t’ai dit l’essentiel, et je serai très curieux de voir de quelle manière tu seras en mesure de mettre cette découverte dans le contexte de l’étude historique.
33. D’abord, je dirai que ta découverte est non seulement merveilleuse mais aussi rassurante. C’est-à-dire que pour connaître l’histoire de l’Univers et ses principes universels, nous n’avons pas besoin de regarder ailleurs qu’à l’intérieur de notre esprit. Nous avons certainement besoin d’inspiration et peut-être de motivation de l’extérieur, mais la clé est en nous. Ainsi, l’histoire de l’Univers est accessible à tous. Maintenant, je vais essayer de partir de notre existence humaine actuelle pour essayer de comprendre les principes méthodologiques de l’étude de l’histoire humaine. Nous devons commencer par reconnaître que, d’après ta découverte, ce qui reste constant tout au long de notre vie est notre ADN. Chaque nouvelle cellule créée ne fait que dupliquer l’ADN originale, ainsi que sa mémoire spirituelle interne, ce qui fait que l’ADN de chacune de nos cellules porte dans chacun de ses électrons, la mémoire de toute notre vie. Mais si nous sommes composés de milliards de cellules qui elles-mêmes rentrent dans la composition d’organes qui remplissent certaines fonctions, alors on peut affirmer avec assurance qu’il y a bien une ou quelques cellules qui « dominent » le reste des cellules, comme une sorte de centre décisionnel. Certains disent que ce centre est la glande pinéale dans le cerveau, et serait en quelque sorte le centre de la conscience. Je n’en sais rien moi-même personnellement, mais je pense qu’il est sage d’admettre que ce centre doit se trouver à l’intérieur de notre cerveau. De toute manière, instinctivement, nous utilisons cette partie de notre corps pour penser et réfléchir, même si nous pouvons des fois avoir besoin de méditer ou jeûner pour mieux en prendre conscience. Maintenant la question à laquelle je me suis engagé à répondre est de savoir comment ces connaissances nous permettent d’arriver à une méthodologie de l’étude de l’histoire humaine. D’abord, comme nous venons de le mentionner, le passé se trouve véritablement en nous. L’étudier signifie donc aller chercher dans la mémoire des esprits qui nous composent des évènements passés significatifs. Aussi, j’avais expliqué plus tôt la différence d’importance dans l’influence d’évènements passés sur notre vie présente, et je pense donc que quand nous étudions l’histoire, nous devrions en vérité étudier « notre » histoire, c’est-à-dire l’histoire des esprits qui nous composent. Nous devrions fouiller primordialement dans leur mémoire et chercher les évènements les plus pertinents et significatifs relativement à notre vie présente. Évidemment, si nous voulons nous concentrer sur notre expérience humaine, nous devrions nous concentrer exclusivement sur la mémoire de notre ADN, c’est-à-dire chercher dans la mémoire des esprits qui composent notre ADN les vies passés de nos parents, nos grands-parents, et ainsi de suite, jusqu’à voyager dans le temps et arriver, idéalement, aux débuts de l’humanité sur la Terre. Ainsi, il s’agit en quelque sorte de retracer le voyage de son ADN à travers les générations humaines passées. Pour la génération immédiatement avant nous, il s’agit de nos parents, alors c’est généralement facile de connaître leur vie et leurs expériences passées. Pour nos grands-parents aussi dans beaucoup de cas. Mais plus on retourne dans le passé, plus il devient difficile d’acquérir une connaissance exacte des vies particulières de chacun de nos ancêtres. Il arrive aussi qu’une personne n’ait jamais connue ses parents, ou ses grands-parents, et ainsi le travail d’investigation peut être très difficile à commencer. C’est un peu le malaise auquel beaucoup de jeunes, victimes de la mondialisation surtout dans les pays occidentaux, sont victimes. Ils ont perdu le contact avec leur culture, leur histoire et ils n’ont plus ce sentiment d’appartenir à l’histoire de l’humanité. Ils sont devenus en quelque sorte aculturels, et atemporels. Ils ont été littéralement déracinés et maintenus dans un état existentiel où seulement le présent et le court terme compte, ils font face à une stimulation constante de leurs émotions à travers les bombardements publicitaires. Ils délaissent ainsi une grande partie de leur identité, et faute d’encrage solide avec leurs racines, ils perdent leur jugement moral, et c’est pour ça, entre autres, que Bush est capable de frauder deux élections, que l’empire britannique est capable, avec l’aide d’agents américains, de faire tomber les tours jumelles à New York et d’envahir l’Afghanistan et l’Iraq. Faute de connaissance de notre histoire propre, nous devenons de véritables animaux et des victimes du temps. Non seulement cela, mais nous devenons purement individualistes.
34. Ta critique sociale me paraît juste, continue je t’en prie…
35. Ce n’était qu’une courte parenthèse, revenons maintenant au rôle de l’ADN. Nous avons déjà dit plusieurs fois qu’une partie de la mémoire de notre ADN est partagée par nos parents et qu’une partie de la leur a ou a été partagée par leurs parents, et ainsi de suite. Nous savons aussi que la moitié de notre code génétique provient de notre père, et l’autre moitié de notre mère. Maintenant, la moitié qui provient de notre père par exemple, provient-elle exclusivement de son père ou de sa mère, c’est-à-dire de notre grand-père ou grand-mère?
36. Ah! Bonne question, et je pense que je commence à voir où tu veux en venir. Évidemment, la moitié du code que notre père nous a légué provient en partie de son père et en partie de sa mère, sinon chaque couple ne pourrait que faire 4 types d’individus!
37. Exactement, Charon. Et donc la moitié de notre code génétique provient donc en partie de notre grand-père et notre grand-mère paternel, et il en est de même du côté de notre mère. Nous appliquons ensuite le même raisonnement, mais pour une génération plus loin, et nous voyons encore qu’une partie de chacun de nos demis-codes génétiques vient des deux parents de chacun de nos grands-parents paternels, et la même chose du côté maternel. Ainsi, si on regarde seulement la génération qui nous précède, celle de nos parents, nous avons en mémoire deux vies passées. Si nous passons à la génération précédente, nous avons en mémoire quatre vies passées. Et ainsi de suite, jusqu’à passer à la nième génération passée et nous avons en mémoire 2n vies passées. En supposant que ce sont passés 600 générations depuis Adam et Ève, nous aurons, chacun de nous vivants en ce moment, environ 2600 ce qui égale à environ 4*10^180 vies passées qui sont réparties dans la mémoire des électrons qui composent chacun de nos chromosomes. Ce qui est aussi important de constater est que nous portons donc en nous à des degrés différents, un nombre astronomique de vies passées, mais ces vies ne se succèdent pas linéairement dans notre mémoire, elles sont plutôt parallèles et certaines même synchroniques. Par exemple, si nous avons deux parents qui ont sensiblement le même âge, nous portons en nous la mémoire de chacune de leur vie, qui correspond à deux expériences différentes dans sensiblement la même période temporelle, mais dans des espaces différents. Cette différence est d’autant plus marquée que nos parents viennent de régions éloignées du monde. Ainsi, nous avons en mémoire, pour la même période historique, deux vies passées. En supposant encore que nos quatre grands-parents aient eu le même âge au même moment, nous portons la mémoire de quatre vies passées supplémentaires mais synchroniques qui sont certainement fortement reliées à celles de nos parents, mais qui sont néanmoins différentes. Nous avons donc, du point de vue de la génération de nos grands-parents, la richesse mémorielle de quatre vies passées simultanées. Nous avons donc un enrichissement d’expériences plus dense encore d’une période historique de quatre points de vue spatiaux différents. Plus nous retournons dans la vie de nos ancêtres, plus nous nous enrichissons de perspectives sur un moment historique donnée.
38. À ce moment-là, l’étude de l’histoire, ou de notre histoire à chacun, nous permet de mieux évaluer le moment présent et notre vie car nous nous dotons ainsi de plus de points de repères et d’expériences. Nous devenons donc littéralement plus sage. Mais, Larouche, cette sagesse ne se limite-t-elle pas exclusivement aux endroits où ont vécu nos ancêtres? Et donc si aucun de mes ancêtres n’a jamais vécu en Corée par exemple, je sois incapable ni de comprendre quoique ce soit, ni de ressentir la moindre sympathie pour les Coréens?
39. Excellente question Charon. J’allais justement y venir, et je suis content de voir que tu suis très bien mon raisonnement. Il est certain que si on limite l’étude de l’histoire de l’humanité à l’histoire exclusive de nos ancêtres, nous seront très certainement incapables de ressentir aucune affinité pour tous les autres peuples desquels aucun de nos ancêtre n’a fait partie. Mais nous ne devons pas nous satisfaire de cela. Nous ne pouvons pas simplement nous comprendre nous-mêmes, cela ne mène strictement à rien, on se doit aussi de comprendre les autres si on veut vraiment être heureux. Sinon, on tombe rapidement dans le racisme et la peur de l’autre. Pour commencer, je ne pense pas avoir besoin de voir avec toi que la théorie de l’évolution, plus particulièrement la théorie de la spéciation est une absurdité scientifique sans pareille, alors je n’en parlerai pas. D’accord?
40. C’est parfait. Continue je t’en prie…
41. Pour répondre à ta question, je dois d’abord te prouver que nous avons tous, êtres humains, au moins un ancêtre commun. Je vais prouver cette vérité en prouvant que le contraire est faux et absurde. Imaginons donc que nous n’aillons aucun ancêtre commun. Cela voudrait dire d’une part que nous sommes tous fils et filles uniques, ce qui déjà est faux. Ensuite, cela signifierait que chacun de nos ancêtres est aussi fils ou fille unique, ou s’ils ont eu des frères ou des sœurs, ces derniers n’ont jamais eu de descendance. On voit ainsi, si on reste fidèle à la supposition première qui est de dire que nous ne partageons de lien de parenté avec personne, que chacun de nous a deux parents distincts, quatre grands-parents distincts, huit arrières grands-parents distincts, etc. D’après la fonction logarithmique de puissance de 2, le nombre de nos ancêtres personnels ayant appartenu à la première génération d’Hommes aurait été de 2^n individus. Cela signifierait, en considérant que nous sommes 6 milliards d’êtres humains sur Terre, que le nombre d’individus de la première génération d’Hommes s’élevait à 2^n * 6 * 10^9. En supposant qu’il s’est écoulé environ 600 générations depuis les premiers Hommes, nous arrivons à un total de 2,5 * 10190 individus ayant existé dans la première génération humaine sur Terre. Cela est évidemment absurde car il me semble que la Terre ne pourrait supporter un tel nombre, et de plus cela signifierait que nous devenons de moins en moins nombreux alors que l’histoire nous montre le contraire. Et je pense donc que pour constater une augmentation exponentielle du nombre d’êtres humains sur Terre, nous devons admettre que la première génération d’êtres humains était très peu nombreuse, peut-être de seulement deux individus comme beaucoup de mythologies l’affirment, ou alors d’un très petit nombre. Une autre preuve assez simple pour montrer que l’hermétisme génétique de nos ancêtres est une absurdité : si nous souhaitons procréer, à moins de le faire avec notre sœur, ou notre mère, nous serons obligés de fusionner notre lignée génétique avec celle d’une autre personne, et ainsi il y aura la création d’un ancêtre commun entre l’enfant créé et ses cousins. Je pense qu’il est donc assez facile de conclure que nous devons absolument partager au moins un ancêtre commun avec chaque être humain sur Terre. Maintenant, tu me demanderas quel est le rapport avec notre conversation sur l’étude de l’histoire…
42. Exactement…
43. Eh bien, si on se rappelle que l’ADN garde les mémoires de la vie des individus chez qui elle « est passée », alors nous pouvons affirmer que nous partageons une mémoire partielle commune plus ou moins lointaine avec chaque être humain, et si nous rappelons aussi que les premiers hommes étaient très peu nombreux, nous pouvons aussi conclure par extension que nous partageons tous une mémoire collective en tant qu’espèce humaine, transmise par l’ADN. Ainsi, apprendre à connaître quelqu’un signifie que nous cherchons, dans nos mémoires de vies antérieures, l’ancêtre que nous partageons avec cette personne. Non seulement nous voulons nous rattacher à ce point commun pour voir notre similitude, mais nous voulons aussi comprendre comment le « schisme » si on peut l’appeler ainsi s’est opéré. En gros, quels choix ont été faits par notre ancêtre commun qui ont mené d’une part au partage de son ADN dans mon corps, et dans celui de l’autre.
44. C’est très intéressant ce que tu avances Larouche. On serait donc tous reliés les uns aux autres à des degrés différents par les chromosomes que nous partageons. Nous sommes donc tous vraiment des frères et des sœurs, ou des cousins et cousines. Dans tous les cas, nous partageons au moins un chromosome avec chaque être humain. Mais cela n’est-il pas de la génétique, et plus de l’histoire?
45. Je vais essayer de te montrer le lien entre les deux. Ce que je dis en réalité est que comme l’histoire est l’étude des évènements passés, les électrons, ou esprits qui nous composent sont l’endroit où reposent la mémoire de l’Univers, ils représentent ainsi la clé pour étudier l’histoire. C’est-à-dire que nous devons passer « par eux » pour étudier le passé, et voyager dans le temps. Les véhicules pour voyager dans le temps sont bien les esprits qui nous composent, et plus particulièrement ceux qui composent notre ADN. Mais évidemment, plus on retourne dans le passé de nos chromosomes, plus ils se diffusent dans une multitude d’êtres humains, et plus les expériences deviennent diversifiées. C’est pour cette raison qu’en étudiant l’histoire, notre histoire, nous devons étudier les évènements généraux à travers les yeux de différents personnages, pour essayer de comprendre ou d’imaginer comment les personnes de l’époque vivaient ces évènements. Nous aurons en nous, pour un évènement donné, le point de vue de plusieurs individus, et nous devons donc essayer d’avoir une approche à l’histoire qui soit la plus universelle possible pour essayer de toucher à toutes ces perspectives, et par la suite mieux se comprendre, mieux comprendre les autres et finalement mieux comprendre l’Univers. C’est donc la vraie raison de faire de l’histoire, c’est retracer dans le temps, les moments de similitude avec les autres et ce qui nous entoure, et les moments de divergences, en essayant de comprendre le cheminement ayant mené à ces différences. Cela s’applique autant aux individus qu’aux autres entités de l’Univers. Par exemple, en pensant que toute la matière est composée d’électrons, de protons et de neutrons, on peut se demander comment, à quel moment, et dans quelles circonstances, l’Univers a engendré les différences d’expression de la matière qu’on observe autour de nous : le Soleil, la Terre, les minéraux, les plantes, les animaux, nous… On cherche donc à retracer le cheminement et comprendre le principe directeur menant d’un moment passé de similitude à un moment présent de diversité.
46. Je suis très impressionné de ces dernières phrases Larouche, et elles me travailleront l’esprit encore quelques temps je le sens. Pourtant, je voulais te faire part d’une question qui me travaillait l’esprit depuis quelques minutes. Ce questionnement est maintenant devenu plus clair, et je voulais t’en faire part, et avoir ta réponse. Tu mentionnes en effet qu’il existe en quelque sorte plusieurs niveaux de mémoire. La plus évidente serait celle de notre vie présente. Il y aurait ensuite toutes les vies passées résultant des « voyages » de nos chromosomes dans l’ADN de milliers même millions d’êtres humains avant nous, nos ancêtres. Finalement, il existe un autre niveau de mémoire qui serait celui avant la vie humaine que chaque esprit-électron aurait expérimenté avant de devenir une composante de notre ADN. Je me demande en fait de quelle manière et avec quelle puissance tu penses que ces différents niveaux de mémoire nous affectent.
47. Très bonne question, Charon. Ce que je dirai d’abord, et je pense que tu seras facilement en accord avec moi, est que notre vie actuelle est la vie la plus facile à reconnaître comme étant réelle. Maintenant, je serai porté à croire que notre capacité à reconnaître notre vie antérieure précédente représentée par la vie de nos parents, jusqu’au moment de notre conception, est deux fois moins forte que celle de notre vie courante. Si l’on fixait notre capacité à reconnaître notre vie courante à 1, celle de nos parents serait à ½. Si l’on devait évaluer notre capacité à reconnaître la vie de nos grands-parents, on obtiendrait à mon avis ¼, et 1/8 pour nos arrières grands-parents. Il s’agit donc d’une progression exponentielle, où notre capacité à reconnaître la nième génération derrière nous présente un facteur de 1/2n. Cette progression exponentielle me paraît normale puisqu’à chaque nouvelle vie, nous accumulons la mémoire de la vie antérieure. Et chaque nouveau membre de la série exponentielle peut s’obtenir en ajoutant tous les membres précédents. On obtient effectivement la série : 1, 1, 2, 4, 8, 16, et ainsi de suite. Je pense donc que notre capacité à reconnaître chacune des vies de notre ADN s’accumule de manière exponentielle à travers les vies.
48. C’est très intéressant ce que tu affirmes Larouche. Cela me paraît plausible. En effet, même en connaissant très bien notre vie depuis notre naissance, il semble que l’on n’est pas encore complètement satisfait : on a besoin de connaître la vie de nos parents et nos grands-parents. Maintenant je me demande bien comment mesurer la force mémorielle, mais cela mériterait une toute nouvelle discussion en soi. Il y a autre chose que je me demande également. Il s’agit du fait qu’un évènement du passé peut avoir influencé toute une chaîne d’évènements ultérieurs jusqu’à aujourd’hui. Et la reconnaissance d’un évènement central du passé qu’on aurait oublié peut avoir un impact énorme sur notre manière de voir le monde et de nous comporter. Qu’est-ce que tu en penses?
49. Je pense que ta remarque est très juste Charon. Cela me fait penser à quelqu’un comme Malcolm X par exemple. Le moment où il a été poussé à apprendre les vérités historiques de son peuple, le peuple Noir africain, sa vie a changé drastiquement. Je vais essayer d’élaborer sur ta question d’abord en émettant l’hypothèse suivante : tout notre passé nous influence à moitié sur chaque moment présent, et l’autre moitié est entièrement libre si on veut et est influencée par notre libre volonté, nos aspirations, nos rêves. Il est certain d’après ce que j’ai dit concernant la progression exponentielle de notre capacité à reconnaître les vies passées, que plus un moment est lointain, moins il nous influence. Néanmoins, comme tu dis, ce moment est relié à une chaîne d’autres moments en terme de similitude qui part du moment en question jusqu’au moment présent. Chaque chaînon de cette chaîne influence le chaînon ultérieur avec une intensité décroissante jusqu’au moment présent. En d’autres mots, la prise de conscience du dernier chaînon qui représente le moment de similitude avec le premier chaînon de la chaîne en question aura un impact moins grand sur notre vie que la découverte du premier chaînon. Il y a donc en vérité deux chaînes. L’une étant celle qui relie toutes nos vies passées et notre capacité à les reconnaître comme étant réelles, et la seconde étant l’influence des moments de chacune de ces vies sur les moments des vies ultérieures. Notre vie présente est la plus facile à accepter. Notre vie précédente est ½ fois plus facile à accepter. Celle juste avant l’est à ¼ et ainsi de suite. Mais plus l’accès et la découverte de chacune des vies passées est difficile, plus les découvertes qu’on peut y faire seront récompensées. On peut dire qu’il s’agit d’une loi universelle : plus on aura trouvé un moment lointain de notre passé, plus il nous éclairera fortement sur notre identité. C’est comme si Dieu, pour récompenser les curieux, illuminait et libérait l’identité de ceux qui voyageaient dans le passé pour mieux se comprendre eux-mêmes et leur relation avec l’Univers.

Le rôle de l’étude de notre histoire

50. Cela me paraît tout à fait sensé. Il me semble que nous avons jusqu’à maintenant une discussion très intéressante, et j’aimerai qu’on essaye de la remettre dans le contexte du début quand on affirmait que l’histoire nous permettait de mieux nous connaître nous-mêmes et l’Univers dont nous faisons partie. J’avais dit que d’après moi l’objectif de l’histoire était de revenir au tout premier instant de l’Univers, et donc de nous-mêmes, si on admet que nous sommes « nés » en même temps que l’Univers. D’après ce que tu as dit, il s’agit du moment le plus difficile à reconnaître en nous-mêmes, mais également le plus riche de tous. Je pense que tu seras d’accord avec moi pour dire qu’il en est de même avec la naissance de l’humanité, et même avec notre naissance à chacun de nous. C’est comme si la naissance d’une entité est l’influence la plus importante sur toute la vie de cette entité. Se connaître vraiment impliquerait donc de connaître la naissance de l’humanité d’une certaine mesure, mais surtout de la naissance de l’Univers. Mais penses-tu que cela est vraiment possible?
51. Très bonne question Charon. D’abord, je suis d’accord avec ton analyse concernant l’influence de la naissance de l’Univers sur chacun des moments ultérieurs. Tu avais aussi dit plus tôt que puisque la naissance de l’Univers se manifestait à chaque instant, notre capacité de le comprendre ne dépendait pas de notre proximité temporelle avec sa naissance. C’est très juste, et je pense aussi qu’il est impossible de revivre la naissance de l’Univers par une méthode de régression dans le temps. On se butterait au même problème que la quadrature du cercle tel que Nicolas de Cues l’a exprimé.
52. Mais si ce n’est pas comme ça, alors comment? Et aussi, à quoi bon étudier l’histoire tout simplement?!
53. Je dirai que nous étudions l’histoire comme un terrain de recherche et d’observations pour arriver à soutirer les lois universelles du temps. Étudier le passé c’est un prétexte pour comprendre le présent. Une fois les lois universelles comprises et maîtrisées, nous les utilisons pour faire des choix judicieux et façonner notre avenir en harmonie avec l’histoire de l’Univers.
54. D’accord, je comprends ce que tu veux dire Larouche, tu as répondu à ma dernière question, mais pas à la première. Si on sait qu’on arrivera jamais au premier moment de l’Univers, comment s’assurer qu’on pourra jamais se connaître nous-mêmes? Ou peut-être que nous avons été créés sans que l’on puisse savoir vraiment qui on est…
55. Non, je pense qu’on peut vraiment se connaître. Mais évidemment, pas en pensant que plus on retourne loin dans le passé, mieux on se connaît. Notre histoire, nous l’avons dit, est un prétexte pour se connaître maintenant et ici. Il est clair également que certains évènements passés peuvent avoir une influence sur nous telle qu’ils nous empêchent d’être véritablement indépendant et libre de chercher notre identité, un peu comme s’il s’agissait de mirages et d’illusions desquelles nous devions nous défaire pour vraiment appréhender notre identité. Ceci dit, une fois ces embûches ôtées de notre passage, nous utiliserons notre histoire non pas pour chercher d’autres embûches exclusivement, mais plutôt comme un moyen de comprendre qui nous sommes vraiment.
56. Très bien, mais comment alors, une fois qu’on a acquis cette capacité à penser librement, se connaître soi-même?
57. Nous devons étudier notre histoire propre comme une série de choix, de décisions. Et nous devons ensuite chercher l’essence et la cause qui se cache implicitement dans cette succession de choix. C’est-à-dire chercher le principe commun à ces évènements, de la même manière que nous cherchons le principe universel qui guide le mouvement de Mars quand on observe son changement successif de position dans l’espace. Par contre, en ce qui nous concerne, je me demande toujours quel est le lien entre le principe universel qui régit nos actions à tous, et celui qui régit nos décisions individuelles. Je me demande en effet s’il existe véritablement des limitations quant à nos possibilités de décisions. Ces limitations ne pourraient être en effet que les limites de ce que l’on peut penser. Mais une fois de plus, nous devrions nous demander ce qui pourrait limiter nos pensées. Et si l’ultime limitation serait en effet inconnaissable et donc véritablement insurmontable, à quoi bon chercher à la connaître, si par définition, elle serait inaccessible? Cela dit, une fois que nous avons appris à nous connaître, nous avons le devoir d’agir sur l’Univers et d’exprimer notre originalité, pour enrichir la merveilleuse Création qui nous entoure.