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Pourquoi et comment aller à l’école?

Le rôle de ce texte ne sera pas d’étudier les normes systémiques de notre éducation, mais plutôt de chercher les fondements épistémologiques implicites derrière les techniques d’apprentissage.

1. L’école : un idéal

*****On peut définir l’école comme un lieu où une société regroupe ses jeunes individus sur une base régulière afin de les intégrer et leur donner un rôle social (carrière, travail). À la naissance, on est relativement similaire, et plus on remonte dans notre création, dans notre vie embryonnaire, plus on se ressemble. Si on remonte au début de notre création alors qu’on n’est qu’une cellule, à part en regardant dans notre code génétique, aucune différence notoire ne peut se faire. Plus le temps avance, et plus notre corps se forme, plus les différences entre les embryons, et par la suite entre bébés, enfants, adultes sont remarquables : morphologie du corps, couleurs des yeux, de la peau, des cheveux, etc. De la même manière, notre esprit aussi se différencie au cours de notre existence, et on développera certaines préférences, certains goûts pour différentes choses. C’est en allant à l’école qu’on acquiert les capacités pour décider du rôle que nous voulons remplir dans la société.

*****L’école est ainsi un élément essentiel de la vie humaine. Peu importe sa manifestation culturelle, elle demeure nécessaire afin de garder une harmonie dans une société et ainsi assurer sa survie et son développement. Si tous les individus d’un groupe humain faisaient la même chose, le groupe, comme tous ses individus ne survivrait pas longtemps. C’est cette différenciation et cette spécialisation des individus en différents secteurs nécessaires et fondamentaux à la survie et au développement d’une société qui permet à la vie humaine de se perpétrer.
*****Comment est-ce que notre société occidentale se charge actuellement de s’acquitter de cette tâche éducative ?

2. L’école occidentale contemporaine

2.1 La forme
*****L’enseignement se donne dans des classes formées d’un nombre assez variable d’élèves allant de quelques dizaines jusqu’à quelques centaines dans certains cas, et d’un professeur. Le professeur enseigne le cours pendant 1 à 3 heures environ pendant que les élèves écoutent, prennent des notes et posent des questions. Le professeur peut donner des devoirs à ses élèves pour poursuivre leur apprentissage à la maison.
*****Après un certain nombre de cours, le professeur donne un travail ou examen. Pour le travail à la maison, l’élève a une échéance pour rendre son devoir, et il a accès à toutes les sources d’information qui lui sont nécessaires. Pendant l’examen, son temps est très limité, de 1 à 3h généralement, et il n’a souvent pas accès aux sources d’information de son cours.
*****L’énoncé pose des questions à l’élève sur le cours que le professeur vient de donner : l’élève reçoit des points quand il répond bien aux questions et la somme de ces points forme sa note à l’examen. Les notes de l’élève à ses examens apparaissent ensuite sur le bulletin pour déterminer la « qualité » de l’élève. La communauté académique peut ainsi évaluer le rendement scolaire de l’élève et ainsi évaluer s’il a les capacités d’avancer dans le programme. Toutes ces notes s’accumulent et déterminent, aux yeux des universités (si l’élève souhaite y aller), la qualité de l’élève, « ce qu’il vaut ». Puis, plus tard, à l’université, une fois le diplôme obtenu, l’élève présentera ses notes (et une expérience de travail peut-être) à un employeur pour obtenir un emploi.
*****Ouf! Tout ce parcours pour un travail! Alors si on regarde bien tout ce procédé, on remarque que l’élément essentiel pour juger un élève sont ses notes. Aux yeux du monde académique, c’est tout ce qui compte. Et de manière générale, le monde académique, avec le monde économique-financier, est le plus respecté aux yeux de l’opinion publique. Autrement dit, les notes reflètent directement ou indirectement la qualité que la société accorde à un individu.

2.2 Le cours
*****L’enseignement à l’école, surtout dans les matières scientifiques, se fait presque systématiquement de manière dogmatique, un peu à la manière de plusieurs religions. La Bible est le livre de cours, et le curé est le professeur. Une trentaine de fidèles (élèves) sont assis devant lui pendant une heure (souvent contre leur gré, de peur de réprimande). Le professeur livre son sermon (son cours) en se concentrant sur certains passages de son livre sacré (chapitres). Il commence avec les définitions : ça c’est ça et ça c’est comme ça. Puis, il explique, qu’on peut manipuler et combiner ces définitions pour arriver à faire des choses. Comme à l’église, on commence le cours en disant aux élèves (fidèles) : « c’est comme ça »! On ne leur demande ni de savoir si c’est vrai, ni de chercher à comprendre d’où ça vient, on leur demande simplement d’accepter ces informations comme des faits incontournables, et incontestables. Puis, on leur demande de travailler dans un contexte, où les « règles du jeu » leur ont été imposées de force. Les pires professeurs répondront à l’élève qui demande « pourquoi? » : « parce que c’est comme ça ». Et à celui qui insiste un peu trop, ça sera la punition.
*****Tout comme pour les écrits religieux, il serait intéressant de retracer le contexte politique dans lequel a été fait le choix du contenu des livres scolaires (sacrés). Tout le monde sait très bien que la Bible (comme plusieurs écrits dits « sacrés ») ont été modifiés au cours du temps. Le pouvoir politique romain, voyant l’ampleur que le christianisme prenait autour de la Méditerranée, a avoué son incapacité à dominer cette nouvelle religion, et a donc décidé de l’infiltrer. Comme le dit le proverbe anglais « if you can’t beat them, join them ». À travers cette ambition politique, l’empire romain s’est accaparé aussi du pouvoir religieux, et à travers les papes, a réussi à manipuler les croyances dites « chrétiennes » de l’époque. De la même manière, mais de façon plus rapproché dans le temps, des individus font des choix et des modifications au programme scolaire. Qui sont ces gens? Comment font-ils leur choix? Ces questions méritent des réponses. Malheureusement, ce n’est pas l’objet de ce texte, mais cela pourra se faire dans un autre article.

2.3 Les notes
*****Combien les élèves « stressent » pendant un examen? Pourquoi? De quoi ont-ils peur? Que s’est-il passé la dernière fois qu’ils ont eu une mauvaise note?

« Si je n’ai pas une bonne note, alors je risque de rater mon cours.
Si je rate mon cours, alors ma note globale sera plus faible.
Si ma note globale est trop faible, peut-être que je ne me ferais pas accepté à l’université, dans le programme que je souhaite, ou alors je ne trouverais pas de travail.
Si je ne rentre pas à l’université, ou si je ne réussis pas à trouver un travail bien rémunéré, alors je deviendrais pauvre.
Et comme ma liberté et mon bonheur sont directement reliés à mon compte en banque, je dois avoir une bonne note, coûte que coûte!! »

*****Le milieu scolaire nous fait chasser inlassablement des notes, avec une promesse ultime de liberté et de bonheur, tout comme le monde de l’emploi nous fait chasser inlassablement de l’argent, avec les mêmes promesses. Les notes sont à l’école ce que l’argent est au monde du travail. On nous prépare lentement à l’école à devoir plaire à quelqu’un (notre professeur) pour garantir des bonnes notes ce qui nous permet ensuite de faire une transition facile dans le monde du travail où on devra plaire à notre employeur pour garantir notre salaire. Dans les deux cas, ce qui nous motive n’est pas l’amour, mais la peur. Laissons Albert Einstein nous l’expliquer :

« Alors que la religion prône l’amour envers son prochain et envers tous les groupes et les individus, la réalité ressemble plutôt à un champ de bataille qu’à un orchestre. Partout, tant en économie que dans le monde politique, le principe directeur est une recherche farouche et sans pitié de succès au dépit du voisin. Cet esprit de compétition prévaut surtout dans les écoles et détruit tout sentiment de fraternité et coopération entre êtres humains et les remplace par une vision de la réussite non pas encrée dans l’amour du travail productif, mais dans l’ambition personnelle et la peur du rejet. »
– Einstein

*****On remarque très bien cet état d’esprit chez les élèves au moment de choisir un programme d’étude : « quelles sont mes notes ? quels sont les programmes avec les rémunérations ultérieures garanties les plus élevées ? ». En répondant à ces deux question, beaucoup (la plupart ?) des élèves font leur choix de programme. Il ne s’agit pas d’apprendre quelque chose, de grandir, de se découvrir, d’apporter quelque chose à la société, non. Il s’agit de gain personnel : « quel programme va m’assurer le salaire le plus élevé ? »
*****Les notes sont donc l’outil de comparaison entre élèves et c’est comme ça qu’on mesure leur qualité. Mais on a dit plus tôt que l’école est là pour former des citoyens à part entière. Alors les notes devraient être la marque de cette qualité chez un individu. Et comme les notes viennent des examens, alors les examens eux-mêmes, doivent donc être l’outil d’évaluation de la qualité du développement civique de l’élève. Voyons voir si c’est effectivement le cas.

2.4 L’examen
*****Un examen se déroule typiquement de la manière suivante : l’élève rentre en classe, s’assied, sort une feuille et de quoi écrire. On lui donne un énoncé, et il répond aux questions posées. Les questions traitent du cours que le professeur a donné dans les dernières semaines. Qu’est-ce qu’on teste chez l’élève pendant cette heure là?
*****On est en train de lui dire : « assieds toi, lis la question et si tu es capable de te remémorer la réponse que j’ai donné pendant le cours, alors tu auras les points. » Est-ce qu’on est en train de développer ses facultés cognitives? Ou est-ce qu’on évalue plutôt sa mémorisation? Est-ce que c’est la même chose? Est-ce qu’avoir une bonne mémoire c’est la même chose qu’être « intelligent »? Non. On lui demande de répéter ce qu’un professeur a dit pendant son cours : ça n’a rien à voir avec l’intelligence ça! L’intelligence c’est justement avoir une pensée indépendante, des idées personnelles et propre à soi. C’est tout le contraire que de répéter ce que quelqu’un dit!! Donc les examens actuels ne développent pas la personnalité, ils développent la mémorisation de l’élève. Ce n’est peut-être pas une mauvaise chose en soi, mais est-ce que c’est vraiment ce à quoi doit se résumer 12, 15, 20 ans de scolarité?

« Autrefois, les illettrés étaient ceux qui n’allaient pas à l’école
Aujourd’hui ce sont ceux qui y vont. »
– Paul Guth

« L’éducation c’est ce qui reste après qu’on a oublié
tout ce qu’on a appris à l’école. »
– Einstein

*****On remarque, autant dans les écoles que dans les universités une hausse du nombre de cas de tricheries. Quel a été le raisonnement de l’élève qui a décidé de tricher? « Je dois apprendre tout ça presque par cœur, toutes ces dates, tous ces graphiques, toutes ces cartes, toutes ces formules, toutes ces règles pour avoir une bonne note. Si au lieu de passer des heures à apprendre toutes ces choses par cœur, je les écris sur un petit bout de papier que je dissimule bien dans mes affaires et que je n’aurai qu’à sortir et regarder quand j’en aurai besoin, je sauverai énormément de temps, et j’assurerai clairement une meilleure note à mon examen, si je ne me fais pas attraper bien sûr! » C’est là qu’on voit le problème des examens et leur limitation. La note d’un « bon » élève et d’un élève qui aura triché pourra être la même! Le « bon » pourra avoir étudié pendant des heures alors que le tricheur n’aura dépensé que quelques minutes de son temps à imprimer son papier triche. Et au final : aucune différence entre les deux, ils auront la même note; l’école les jugera de la même manière. L’examen est incapable de déceler si un élève « sait » vraiment quelque chose ou s’il triche, apprend bêtement par coeur ou répond au hasard.
*****On peut se demander si le manque d’enseignants dans les écoles est relié à ça, ou si le « manque de respect » des élèves aussi est une conséquence de l’inaptitude de l’école à valoriser les vrais qualités d’un individu, à savoir sa personnalité. Toute la scolarité on demande à l’élève de répéter ce qu’on lui dit, sans jamais s’intéresser à ce qu’il pense, ce qu’il a à dire. Et après on s’étonne que les jeunes soient insolents! On ne leur a jamais appris à exprimer leurs idées! On leur apprend à exprimer les idées des autres!
*****Comment surmonter ce problème?

3. Pour une nouvelle école

3.1 Une banque de données d’examens antérieurs
*****La première suggestion est la suivante : créer une banque de données d’examens passés pour tous les niveaux et pour toutes les matières. Les professeurs devront répertorier dans un endroit tous les examens qu’ils ont donnés dans le passé. Cela créera une banque de données d’examens dont les professeurs pourront s’inspirer pour faire de nouveaux examens, en reprenant un examen donné une autre année par un autre professeur, ou en combinant différents exercices de plusieurs examens. Ou si le professeur décide de faire un nouvel examen, il le mettra après la date de l’examen pour le partager avec les autres professeurs ultérieurement. Les élèves, de leur côté devront avoir un accès totalement libre à ce répertoire. À partir du moment où on reconnaît que l’on n’évalue pas la mémorisation de l’élève, on doit lui accorder la possibilité de s’entraîner pour se préparer à son examen, comme ils peuvent déjà le faire pour le brevet avec les « Annabrevet », au bac avec les « Annabac » ou quand ils seront à l’université (HEC est un bon exemple où les professeurs donnent généralement aux élèves accès aux anciens examens, ou encore les programmes de droit de l’Université de Montréal, de l’UQAM ou McGill, et plusieurs autres). Si on veut vraiment développer l’esprit critique, pourquoi ne pas les laisser s’entraîner avec des anciens examens ? Certains professeurs auront peut-être peur parce qu’ils redonnent les mêmes examens année après année. D’abord, s’il s’agit vraiment de questions qui portent à réflexion et qui ne sont pas simplement une question de par cœur, ils ne devraient pas se soucier de ça puisque l’élève est forcé de raisonner. D’autre part, si tous les professeurs font la même chose en même temps, alors chacun d’eux aura accès, pour la matière de leur niveau, à une quantité importante d’examens desquels ils pourront puiser, tous les ans, pour renouveler les examens qu’ils donnent. Si les professeurs s’opposent encore à ça parce qu’ils donnent toujours les mêmes examens, alors c’est leur problème parce que ça fait partie de leur mandat. Cela facilitera d’un côté la révision des élèves, qui souvent, malgré avoir appris leur cours, se retrouvent face à un examen qui les prend par surprise parce qu’on les met dans un contexte auquel ils ne sont pas préparés. Alors que réviser à partir d’examens antérieurs est la seule manière de garantir une bonne note. L’examen est une unité : il regroupe les notions que l’élève doit connaître, il met aussi l’élève dans un contexte où ce dernier doit apprendre à gérer son temps, chose qu’il ne peut pas faire simplement en faisant des exercices du livre ou en apprenant son cours par cœur. Il peut se mettre dans le même contexte chez lui, et se chronométrer, choisir les exercices en fonction du barème et en commençant avec le plus facile pour lui. Du côté des professeurs, cela créera une source non négligeable d’examens, d’exercices, de problèmes et pourra peut-être normaliser un peu plus le type d’examen donné. Cela pourra créer une collaboration entre eux, ou des échanges et des débats sur la forme des examens.

3.2 Les examens à livre ouvert
*****La deuxième proposition est la suivante : faire des examens à livre ouvert. Si on s’entend pour dire que l’examen n’est pas là pour tester les facultés de par cœur des élèves, il s’ensuit qu’il n’y a pas de raison de les priver de leurs cours. Laissez-moi vous donner un exemple : « deux élèves sont assis dans la salle d’accueil et discutent de la théorie de l’évolution. Le premier décrit à l’autre un type de spéciation de la théorie de l’évolution dont il ne se souvient pas du nom. Le second réfléchit en se rappelant qu’il l’avait déjà appris pour un cours, mais après un moment, il lui répond qu’il ne s’en souvient plus. Le premier, insatisfait, lui dit qu’il revient. Il revient quelques minutes après en courant, avec un grand sourire en disant : « j’ai trouvé ! Ça s’appelle la spéciation allopatrique ! » » Pendant que le second avait abandonné sa recherche simplement parce que sa mémoire lui faisait défaut, l’autre est allé chercher à la bibliothèque. Tout ça pour dire que dans la vie de tous les jours, surtout maintenant, on ne se retrouvera pratiquement jamais dans une situation où quelqu’un nous « empêche » d’avoir accès à l’information ! Quand j’écris ce texte, je peux à tout moment ouvrir mon dictionnaire pour vérifier l’orthographe d’un mot, et Word le fait systématiquement, même s’il peut se tromper. Alors pourquoi empêcher, à l’école, pendant l’examen, tout accès à l’information à l’élève ? Qu’est-ce qui est mieux à développer chez un élève : sa mémoire ou sa faculté de chercher l’information dont il a besoin ? Pour cette raison, il faudra tôt ou tard rendre tous les examens à livre ouvert. Fini le par cœur, on ne vit plus dans un monde où la connaissance est sacrée et réservée à une élite. En fonctionnant de la sorte, finis les tricheurs ! Et c’est quelque chose qui se fait déjà dans beaucoup de cours à l’université. Pourquoi priver l’élève de l’information dont il a besoin ? Est-ce que dans son travail son employeur, ou son client lui dira : « je veux que tu fasses ce travail, mais tu n’as pas le droit d’utiliser ni ton dictionnaire, ni Internet, ni aucune autre source d’information » ? C’est évidemment absurde ! Pourquoi est-ce que ça ne le serait pas autant à l’école ?

3.3 La créativité scientifique contre le dogmatisme
*****Ce qui est intéressant dans la science, c’est que les choses qu’on enseigne aux élèves n’ont pas toujours fait partie des connaissances de l’humanité : avant une certaine période, elles n’en faisaient pas partie, et après une certaine période, elles ont apparu. Autrement dit, entre ces deux moments, une découverte a été faite par un individu : par un individu créatif. Alors cette connaissance n’est pas venue à cette personne de manière dogmatique, comme on l’enseigne à l’école : personne n’était là pour lui dire « c’est comme ça », simplement parce que personne n’avait connaissance de cette chose!
*****C’est là que, pour enseigner la créativité à l’élève, il est essentiel de lui faire revire dans son esprit la découverte de cette personnalité. L’individu qui a fait cette découverte a suivi un certain raisonnement qui lui a permis, à un moment, d’avoir une « vision » et de découvrir quelque chose de nouveau : c’est ça la créativité. Alors si l’élève est capable de comprendre (pas de répéter par cœur!) le raisonnement de cette personnalité, il pourra avoir une idée de ce que représente le processus de créativité, et il pourra, à son tour, être créatif dans les domaines qui l’intéressent.
*****Une des matières de base de la science est la géométrie. Le mot géométrie vient du grec et se décompose en géo et en métrie. Le premier terme signifie la Terre et le second mesure. Géométrie signifie donc : la mesure de la Terre, ou mesurer la Terre. Faire de la géométrie, c’est donc étudier la Terre, et les Grecs l’étudiaient par rapport à la Lune et au Soleil. Ils ont été capable de mesurer la circonférence de la Terre environ 300 ans avant Jésus-Christ : ils avaient donc prouvé que la Terre était ronde! On peut donc dire que la géométrie c’est le début de l’astronomie, le début de la physique. On peut noter parmi les grands scientifiques de l’époque des noms comme Pythagore, Thalès, Platon, Archimède, etc. Et n’oublions pas l’apport de la civilisation égyptienne dans la culture grecque.
*****Alors, pour commencer dans les écoles l’éducation scientifique, les professeurs pourraient commencer en primaire, ou au début du secondaire, à recréer dans les salles de cours les grandes découvertes géométriques et astronomiques faites par les Grecs et par les autres cultures. Prouver que la Terre est ronde est un raisonnement relativement simple, mais combien d’adultes (ne parlons pas des enfants) sont capables de le prouver? L’avantage des premières découvertes de géométrie et d’astronomie est qu’elles sont très peu coûteuses matériellement et qu’elles seront donc facilement réplicatives dans les salles de cours, avec un grand nombre d’élèves.

3.4 L’école des professeurs
*****Cette approche pose le problème suivant : on suppose que les professeurs ont eux-mêmes fait ces découvertes, les ont comprises, et sont capables de les retransmettre. C’est pourquoi le premier projet éducatif viserait d’abord à transmettre ces connaissances aux professeurs, sur une base relativement régulière, afin qu’ils soient continuellement eux-mêmes en train de travailler leur créativité, ce qui améliorera inévitablement la qualité de leur enseignement. Ils n’auront plus peur des questions du genre « pourquoi? » venant des élèves, parce qu’ils sauront de quoi ils parlent, ils ne seront pas simplement en train de répéter ce qu’un autre professeur leur a dit, ou ce qui était écrit dans un livre. Les professeurs seraient donc eux-mêmes toujours en train d’apprendre des nouvelles choses, et de développer leur créativité, ce qui ne pourra qu’avoir un impact positif sur la société. On pourrait appeler ce projet éducatif « l’école des professeurs »
*****Si l’école est capable de former dès l’âge de 12 ans, des élèves qui auront revécu et compris les grandes découvertes de base de l’humanité, on formera des citoyens créatifs et un avenir social coloré, accueillant et stimulant.

3.5 La complémentarité de l’art
*****Qu’est-ce qui permet de dire, dans une œuvre d’art : « c’est beau »? Quel rôle complémentaire est-ce que la science peut jouer dans l’art? En comprenant les découvertes scientifiques, on apprend ce que voulait dire le mot « créativité ». Et on remarque qu’essayer de comprendre les écrits relatant des découvertes scientifiques sont très similaires, sinon identiques au processus d’observation d’une œuvre d’art : l’artiste s’exprime dans son œuvre, il veut dire quelque chose, et il fait de son mieux pour rendre l’idée claire. Et ça devient très amusant quand il s’agit d’une idée complexe mais universelle comme la mort, ou l’amour, parce que ce sont des idées qu’on prétend connaître intuitivement, mais l’artiste trouve toujours des nouvelles manières de les présenter, et ça stimule l’imagination.
*****Aussi, le lien entre la science et l’art est beaucoup plus étroit qu’on pourrait le penser. En effet, la musique en est un très bon exemple : les intervalles des tons musicaux sont déterminés de manière harmonique, mathématiquement. La récurrence de la proportion dorée (nombre d’or) en architecture et en peinture est un autre très bon exemple du lien entre les mathématiques et l’art.
*****Comme projet pour l’art, il faudrait essayer d’abord d’encourager les approches pédagogiques qui font découvrir aux jeunes les liens entre la science et l’art, mais aussi de développer chez eux des fortes capacités de dessin et de chant, pour commencer. On devrait apprendre aux enfants à dessiner avant d’écrire, et de chanter avant de parler. Ça aurait des impacts non négligeables sur la qualité de leur expression : on atteint des plus hautes décibels en chantant qu’en criant!

3.6 Le sport, et les priorités sociales
*****Pour conclure, je dirai un mot sur la place du sport dans l’école. Je pense que c’est une matière encore sous-évaluée. Le sport c’est un art et c’est aussi une science. C’est transformer son corps en œuvre d’art vivante (le meilleur exemple serait la danse), et c’est aussi faire des calculs très complexes de manière intuitive en quelques fractions de seconde (lancer un ballon de basket-ball par exemple). Je pense qu’il faudrait mettre l’emphase chez les plus jeunes sur la souplesse, l’équilibre, la dextérité et graduellement, quand le corps d’adulte prend plus forme, ajouter le développement de la force. Aussi, les sports sont une excellente manière de développer le sens d’analyse, de leadership, de courage, et de fraternité.
*****Quel pourcentage de personnes qui font du sport sont des athlètes rémunérés? Quel pourcentage de scientifiques et des artistes sont rémunérés? Quelle est la masse monétaire totale des athlètes professionnels, des scientifiques et des artistes? Les scientifiques sont sous-payés et sous le patronage d’institutions militaires, pharmaceutiques, etc. La plupart des artistes ne sont même pas rémunérés pour ce qu’ils font! Alors qu’une infime minorité, déterminée par la « loi du marché » et « l’opinion publique » reçoit des millions de dollars pour un film, une peinture, une chanson… Pour les sportifs, même chose : s’ils ne font pas partie de cette petite élite, ils peuvent oublier une carrière dans le sport. Pendant ce temps, les athlètes professionnels reçoivent des millions et des millions de dollars. Et que se passe-t-il pour le reste de la population? Leur salaire ne fait que ralentir face à leur pouvoir d’achat. Qu’est-ce qui est plus essentiel à une société : un plombier ou une star de hockey? Un ingénieur ou une star de cinéma? Un fermier ou une célébrité musicale?
*****Regardons où la société distribue son argent, et nous devinerons ses priorités.

3.7 L’histoire et les langues
*****D’autres aspects fondamentaux sont évidemment les langues et l’histoire, et qui sait quelles découvertes nous réserve l’avenir quant à ses deux matières : peut-être deviendront-elles des sciences à part entière. La langue peut évidemment créer un parallèle avec le chant, et même avec le dessin. L’histoire peut avoir des liens incontestables avec toutes les matières.
*****Tous ces aspects de l’éducation devraient être centrés sur la découverte, l’imagination, la créativité et l’expression au détriment du par cœur.
*****« L’école des professeurs » pourrait intégrer des professeurs de tous les domaines et développer des projets avec une approche multidisciplinaire : les mathématiques et la musique, la géométrie et le dessin, les sports et la physique, etc.

4. L’avenir de l’enseignement

*****Nous vivons depuis quelques années une véritable révolution dans les moyens de communication, et particulièrement avec le développement fulgurant d’Internet. Nous avons maintenant accès, en quelques cliques, à presque toutes les connaissances de l’humanité, et ce généralement gratuitement. L’information n’est plus réservée aux élites : elle est devenue accessible à qui veut chercher. « Celui qui cherche, trouvera. » On pourrait peut-être déjà appliquer cette citation biblique à Internet!!
***** À une époque, il fallait aller dans les monastères pour trouver le savoir, à cause de la rareté des livres dû aux coûts du papier, combiné au labeur de la transcription manuelle. (Notons que nous prenons ici un point de vue très Eurocentriste car la Chine a véritablement été l’inventeur du papier et de l’imprimerie.) Avec cette révolution, les universités et les bibliothèques se sont multipliées en Europe, et surtout aux États-Unis et les gens ont bientôt pu avoir un accès gratuit à plusieurs livres. Maintenant, avec l’Internet, nous avons accès à plus d’information que jamais et ce, sans contraintes géographiques!
***** On peut remarquer que plus l’information est difficile d’accès, plus on doit se fier à sa mémoire, et c’est une des raisons pour lesquelles plus on retourne dans l’histoire de l’homme, plus on remarque une importance croissante accordée à la mémoire dans l’enseignement. Même il y a à peine une génération, les professeurs faisaient beaucoup apprendre par cœur aux élèves. Maintenant, on remarque la futilité de ne se fier qu’à sa mémoire dans un monde comme le nôtre, car quelques cliques suffisent pour retrouver de l’information.
***** Les écoles et les universités devront donc s’éloigner rapidement d’un enseignement axé sur la mémorisation, pour le remplacer par un enseignement axé sur la capacité à se poser les bonnes questions et à chercher de l’information. « Pourquoi aller à l’école si tout ce qu’on m’apprend, je peux le trouver moi-même? » L’école et l’université font face à un paradoxe grandissant : d’un côté la croissance exponentielle d’information accessible à tout le monde, et de l’autre la nécessité d’apporter quelque chose de nouveau et pertinent à ces jeunes en soif d’avenir.


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